Moins touchée par la crise sanitaire que d’autres vignobles, la Bourgogne doit dès à présent s’attaquer à d’autres problématiques comme celle du réchauffement climatique, prévient l’interprofession, réunie en assemblée générale lundi 29 juin à Beaune.

“Heureusement, nous sommes rentrés forts dans la crise”. Face à ses homologues négociants et vignerons, Louis-Fabrice Latour, président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), se veut rassurant. Réunie, lundi 29 juin, en assemblée générale à Beaune, l’interprofession a établi un premier bilan de la période de confinement. Résultat : en Bourgogne, l’activité aurait chuté de 15 à 20% sur les cinq premiers mois de l’année. Bien moins que dans d’autres vignobles, comme la Champagne ou le Bordelais.

D’autant plus qu’au royaume du pinot noir et du chardonnay, “l’année 2019 a été exceptionnellement bonne”, avec “le cap du milliard d’euros à l’export franchi”. Des chiffres réjouissants mais que le dirigeant de la maison Latour invite à considérer “avec modestie”.

De nouveaux cépages en Bourgogne ?

En effet les différents experts techniques se succédant à l’estrade invitent à la prudence. Premier défi évoqué : celui de réchauffement climatique. En 2050, les 35°C seraient franchis 5 à 10 fois par an, et des vendanges en août deviendraient habituelles. Comment faire du Bourgogne dans ces conditions ? “Si l’on veut continuer à avoir des vins élégants, digestes, il va falloir changer la manière de produire” tranche Frédéric Barnier, président de la commission technique. Faudra-t-il intégrer de nouveaux cépages, ou “déplacer” certaines appellations ? Le BIVB n’exclut rien, et appelle à “sortir d’une logique de gestion de nos acquis” dans un vignoble qui fait de la tradition son identité.

Mêmes préoccupations concernant le manque chronique de main-d’œuvre (400 postes pérennes non pourvus chaque année), les taxes américaines ou encore la chute continue de la consommation française. Mais si les défis s’accumulent, l’interprofession bourguignonne se veut combative. Pour preuve : le budget 2020-2021 est maintenu au même niveau que l’année précédente, malgré la crise. Cet investissement, c’est “faire comme nos pères avant nous”, conclut François Labet, président délégué du BIVB. “Ils n’ont pas baissé les bras face au phylloxéra, à la crise des années 30 ou aux années difficiles d’après-guerre. Comme eux, nous croyons dans la Bourgogne et dans ses vins”.