(photo : William James)
(photo : William James)

Après la famille Drouhin et la maison Bouchard Père & Fils, c’est au tour de la Société Jacques Bollinger de jeter son dévolu sur les vignes de l’Oregon. Le groupe vient d’annoncer l’acquisition de la fameuse Winery Ponzi Vineyards. La holding familiale devient propriétaire de 14 hectares de vignes et des infrastructures viticoles et d’œnotourisme. La famille Ponzi conserve un vignoble de 40 hectares, sous contrat d’approvisionnement avec le domaine. Terre de vins est allé rencontrer Étienne Bizot, le président de la SJB, pour en savoir davantage.

La Société Jacques Bollinger mûrit-elle ce projet d’investissement dans un domaine aux États-Unis depuis longtemps ?
Le marché américain ne représente que 5 % de nos ventes en valeur, alors que c’est le premier marché d’exportation du champagne, des vins de Sancerre, de Bourgogne et de Cognac. Cela fait un certain temps que nous menons une réflexion pour y renforcer la présence de nos produits. Nous avons convenu que la meilleure façon était de se porter acquéreur d’un domaine américain, pour donner une image moins franco-française à notre groupe familial. Nous avons visité plusieurs domaines depuis cinq ans sur la côte ouest, que ce soit en Californie ou en Oregon. Nous avons choisi l’Oregon, parce que c’est une terre de pinots noirs, un cépage fortement inscrit dans notre ADN, que nous cultivons déjà aussi bien en Bourgogne qu’en Champagne. Le climat nous a ensuite séduits, l’Oregon se situant à peu près aux mêmes latitudes, avec des hivers humides et froids et des étés chauds.

Il était important pour nous de ne pas réécrire une histoire mais de capitaliser sur un « legacy domaine », un domaine qui ait déjà un héritage historique. Or, le domaine Ponzi a une très belle histoire. Dick et Nancy Ponzi faisaient partie de ces pionniers qui ont planté du pinot noir dans les années 1970 en Oregon. J’avoue que ces entrepreneurs américains qui, en partant de rien, ont réussi à développer un terroir de pinot noir aujourd’hui reconnu, me fascinent. Depuis, les Français sont venus et la famille Drouhin de Bourgogne a fait un travail magnifique qui a beaucoup aidé la région. D’une certaine façon, cela prouve que tous ceux qui croient au pinot noir, croient en l’Oregon, à son climat, à son terroir.

La perspective du réchauffement climatique vous a peut-être incités à penser que c’est un terroir plus sûr que la Californie ?
Oui, cela été l’occasion de longs débats en interne. En Oregon, il y a eu des feux l’été dernier et le domaine Ponzi a d’ailleurs été un peu impacté. Mais le climat est plus tempéré. Fin décembre début janvier, par exemple, il y avait de la neige à Portland alors qu’en Californie, il faisait assez doux.

Comment ce nouveau domaine va permettre concrètement de renforcer votre présence aux États-Unis ?
C’est un marché très compliqué. Le distributeur qui est l’équivalent d’un grossiste en France représente la clef dans la chaîne de valeur. Il travaille avec de nombreuses marques, si bien qu’il est difficile de mettre du focus sur celles qu’on lui confie. Ce qui va un peu changer et qui nous intéresse, c’est que nous allons recruter un nouveau patron pour ce domaine. Ce CEO va être notre compétence interne sur le marché américain. Grâce à lui, nous serons sûrs d’investir sur les bons leviers pour y développer nos affaires et nous rapprocher du consommateur, soit au travers des ventes en direct – il faut savoir que Ponzi vend en direct un tiers de sa production – soit au travers des distributeurs, des cavistes, etc.

Ponzi Vineyards est distribué par le même importateur, la société Vintus, que les marques de la société Jacques Bollinger aux États-Unis, cela va vous donner plus de poids auprès de cette entreprise qui aura davantage intérêt à mettre en avant vos marques ?
Cela n’a pas été un élément déterminant mais c’est la cerise sur le gâteau. Cela renforce effectivement notre partenariat avec notre importateur américain. Nous l’avons d’ailleurs un peu associé à nos réflexions et mis assez vite dans la confidence pour qu’il nous donne son avis. Ce n’est pas notre société, elle est indépendante et a vocation à le rester, néanmoins il est certain que nous y pesons désormais un peu plus lourd.

Est-ce que le prix de la vigne en Oregon est plus attractif qu’en Bourgogne ?
En Bourgogne, la valeur des vignes peut beaucoup varier ce qui rend les comparaisons difficiles. En Oregon, le prix est plus uniforme. En revanche, on peut dire qu’en Oregon, les prix sont moins élevés qu’en Californie.

Dans l’Oregon, il y a un côté vigneron comme en Bourgogne, alors que la Californie est davantage un vignoble de marques ?
Absolument ! Cela ne signifie pas que ce soit mieux dans un sens ou dans un autre. L’Oregon a ce côté vigneron qui nous séduit beaucoup, parce que c’est ce que nous sommes d’abord et avant tout, des vignerons produisant des grands vins. Il faut qu’on les rende accessibles aux consommateurs. L’Oregon a commencé un peu plus tard que la Californie et c’est ce côté vigneron et authentique qui nous intéresse.

Vous souhaitez maintenir une certaine continuité avec la famille Ponzi ?
Luisa Ponzi restera directrice des vignes et de la vinification. Elle est passionnée par sa région et très douée techniquement. Parfois, il faut savoir inscrire les changements dans la continuité.

Vous envisagez des échanges techniques entre vos winemakers français et américains ?
Bien-sûr ! Ils travaillent en Bourgogne et en Champagne les mêmes cépages, le pinot noir et le chardonnay, et sont confrontés à des défis communs, comme le changement climatique. Il faut des échanges sur le terroir, les porte-greffes, les clones… Lorsque nous avons évoqué le sujet avec Luisa, elle était enchantée, parce que c’est ce dont elle rêve ! Elle a d’ailleurs elle-même travaillé en Bourgogne il y a quelques années.

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