Propriété bien connue des amateurs, la Tour de By a une histoire singulière et produit année après année des vins de belle constance encore accessibles.

Pour tous ceux qui ont déjà remonté la rive gauche depuis Bordeaux, la sensation d’évasion augmente à mesure que les kilomètres défilent et que la capitale girondine s’éloigne. Tout au nord de l’estuaire et non loin de l’océan, se dresse majestueusement tel un fanal le phare de la Tour de By. Repère pour les navigateurs, il marque aussi l’arrivée sur cette propriété du Médoc au terroir partiellement graveleux si typique. 75 hectares de vignes marquées par l’histoire d’un homme, Marc Pagès. Aujourd’hui décédé, c’est lui qui à son retour de Tunisie dans les années 1969 où il avait développé une activité viticole, identifiera le potentiel de ce lieu. Il scellera d’ailleurs le renouveau des vins en bénéficiant des précieux conseils d’Emile Peynaud, premier œnologue star du Bordelais. Ensemble, ils créeront en 1982 une cuvée de prestige pour révéler encore davantage la magie des lieux. Désormais, c’est la troisième génération qui est aux commandes, en les personnes de Frédéric le Clerc et Benjamin Richer de Forges. Habités par la même passion, ils s’inscrivent dans l’histoire familiale et perpétuent la recherche d’une qualité sans faille.

Une belle série de millésimes

La dégustation des derniers millésimes est assez éloquente. Une véritable constance avec de belles surprises sur les années moins célébrées. C’est ainsi que le millésime 2017 de la Tour de By s’avère actuellement très plaisant. Gouleyant, tout en rondeur, son fruit s’exprime avec éclat et la matière, moyennement dense, charme par sa fluidité. Cette rondeur, on la retrouve sur le 2018 mais ce dernier est doté d’un surcroît d’énergie et surtout d’une masse tanique beaucoup plus dense. Le milieu de bouche est d’une profondeur indéniable. Une jolie réussite. 2019 est pour sa part d’un fruité explosif et impressionnant. Un nez qui ne laisse pas indifférent, une matière soyeuse bien que d’une vraie intensité. Là aussi, un vin qui vieillira très bien. En remontant davantage dans le temps, le 2016 semble être entré dans une phase un peu ingrate, marqué par une certaine austérité. Refermé sur lui-même, il lui faudra quelques années pour atteindre son parfait épanouissement et révéler sa personnalité élégante. Quant au 2015, il ne pâtit pas des affres de ce millésimes chaud. Avec une extraction parfaitement maîtrisée et une acidité conservée, le vin témoigne d’un équilibre souverain et génère déjà un vrai beau moment de dégustation. L’ensemble de ces vins est vendu à des prix raisonnables puisqu’ils ne dépassent pas les 20€. Pour une version plus intense et trapue, vous pourrez opter pour la cuvée Héritage Marc Pagès qui rappelle en écho la cuvée haut-de-gamme que celui-ci avait lancé il y a bientôt 40 ans. Mais le mieux réside encore dans une échappée sur place, pour découvrir ce (presque) bout du monde qui ne fait pas de bruit mais qui écrit avec humilité de belles pages de l’histoire bordelaise.

Photo: JM Brouard