Le film de Marie-Ange Gorbanevsky, en salle le 13 novembre prochain, est une plongée au cœur de la Bourgogne au fil d’un millésime. Le titre annonce une quête passionnante. La réalité est (beaucoup) plus convenue.

L’intention était louable. Faire un film qui permettrait de percer l’âme du vin. Toutefois, on se demande immédiatement ce qui va pouvoir être montré car s’il y a bien un produit magique par l’infinité de ses possibles, c’est bien le vin. En vouloir en trouver l’âme, voici un effort qui risque fort d’être déçu. Et c’est malheureusement ce qui se passe au visionnage de ce documentaire d’1h40. Tout au long de celui-ci, la réalisatrice a posé ses caméras en Bourgogne, tantôt dans des caves, tantôt dans les vignes, ou bien encore dans une salle de dégustation ou dans un chai. Première surprise donc que de voir l’ensemble des scènes filmées dans une seule et même région. La Bourgogne incarnerait donc la substantifique moëlle de cette boisson fermentée à base de raisin ? Et puis rapidement, une sorte de dogmatisme conformiste est mis en avant, à grand renfort d’images d’un cheval utilisé pour labourer une parcelle… Il faut croire que c’est ça la viticulture d’aujourd’hui car aucune voix off ne vient apporter d’explication. Un parti pris peut-être respectable de la réalisatrice mais qui laisse la porte ouverte à une généralisation hâtive de ce qui est montré à l’écran. Surtout de la part des spectateurs peu ou pas informés sur le monde du vin. Alors évidemment, on fait appel à des pointures pour crédibiliser le propos. Qui pourrait contredire les mots sincères d’Aubert de Villaine évoquant la magie de la Romanée-Conti ? La respectabilité de Dominique Lafon et de Christophe Roumier dégustant ensemble sur barrique les vins de ce dernier ne saurait vaciller. Viens ensuite Olivier Poussier, évidemment. Un meilleur sommelier du monde pour la dégustation d’un vin du domaine Armand Rousseau. La scène est d’une théâtralité triste. On se croirait revenu dans des temps anciens ou le cérémonial avait pour principal mérite d’intimider ceux qui le subissait… En outre, peu de femmes dans ce documentaire, mise à part la sommelière Caroline Furstoss qui se fend d’une description précise du Meursault Perrières qu’elle goûte.

Quelle âme du vin ?

L’impression d’ensemble est celle d’une succession de saynètes qui donnent le sentiment que le monde du vin est immuable. Et pas vraiment très jovial. La seule image d’une personne en train de sourire est celle d’une vendangeuse qui met du cœur à l’ouvrage. Le seul moment du film, d’ailleurs, où le fond sonore se fait guilleret. Comme s’il fallait renforcer ce moment trop rare. Quel dommage ! Car l’âme du vin, c’est aussi (et avant tout ?) l’émotion, la joie et le partage. On aurait aimé notamment un parcours à travers plusieurs régions, comprendre l’engagement de jeunes vignerons pour ce travail difficile mais si beau. Ici, il n’est question que de domaines ultra prestigieux, de très grands vins inaccessibles. L’impression d’ensemble est réductrice. C’est celle d’une Bourgogne éternelle, figée dans ses traditions et son histoire. La dégustation d’un Chambolle-Musigny « les Amoureuses » 1945 du domaine Roumier par deux Japonais devant une tapisserie est ainsi parfaitement raccord. Ils sont émus, en perdent littéralement leur japonais. Effectivement, les très grands vins font vivre de très grands moments. Mais ensuite, que dit-on ?

Si l’on ne connaît pas bien la Bourgogne viticole, on en découvrira quelques aspects sans forcément tout comprendre (le pigeage au pied dans un foudre, outre son côté désuet et quasiment abandonné, risque de surprendre le néophyte qui restera sans réponse). Si l’on est un amateur, on apprend bien peu de choses. Un documentaire pas indispensable en somme.

Sortie le 13 novembre 2019.