(photo Arnaud Brukhnof)
(photo Arnaud Brukhnof)

Par la voix de son Président Édouard Miailhe, le Syndicat Viticole de Margaux a présenté récemment le projet “Margaux terroir de biodiversité”, et commenté les engagements des 65 viticulteurs de la célèbre appellation. L’occasion de rappeler que ce terroir est “extrêmement précieux et que le mouvement qui est lancé vise à préparer la viticulture de demain”.

Ce projet “Margaux Terroir de Biodiversité” s’adosse à quatre programmes :
– Le GIEE : Groupement d’Intérêt Economique et Environnemental. C’est un dispositif ministériel qui reconnait l’engagement collectif des viticulteurs dans la modification ou la consolidation de leurs pratiques. C’est là un outil structurant pour une démarche, et des aides peuvent être obtenues.
– VITIPOLL (VITIculture et POLLinisateurs) : Un projet en partenariat avec VITINNOV. VITINNOV est adossé à Sciences Agro : c’est une cellule de transfert de technologie en agriculture.
– PhytAE : un programme de recherche pour étudier l’influence de la manière de cultiver les sols sur la biodiversité.
– VITI REV Nouvelle Aquitaine : un programme régional au profit d’une viticulture responsable qui souhaite répondre aux attentes des citoyens.

Quelles déclinaisons sur l’appellation ?

“27 conventions ont été signées entre les châteaux et le syndicat viticole” nous dit Josépha Guenser, la Responsable de la cellule de transfert VITINNOV. “Après avoir fait le tour des propriétés pour voir ce qui peut être mis en place, chaque convention est personnalisée, et une cartographie de chaque propriété est faite. Celle-ci est mise à jour tous les deux ans”.
Josépha précise le contenu de la convention “qui situe des actions, donne un cahier des charges avec des préconisations : des actions qui permettent d’infléchir des pratiques”. Et à la question “quel est le degré d’adhésion à ces préconisations ?”, la réponse est claire : “tout le monde a joué le jeu. On essaie d’influencer sur l’utilisation des CMR (produits Cancérogènes, Mutagènes, ou Reprotoxiques), qu’il s’agisse des insecticides ou des désherbants. On est là pour montrer la bonne voie et convaincre : ça se fait sans obligations légales. Il y a une vraie prise de conscience des viticulteurs”.

Parmi les actions mises en œuvre on signalera :
– Les fauches tardives, afin de “préserver le premiers maillons de la chaîne alimentaire”, notamment aux abords de l’important réseau de fossés sur Margaux, avec ses zones humides en points bas des croupes de graves. Ces abords sont des refuges pour les petits animaux.
-Les plantations de haies (10 km de haies ont été plantées ou préservées) et d’arbres isolés. Il faut “refaire des corridors de diversité, recomposer les paysages”.
– Les semis (sur les 2% de surface viticole en cours de renouvellement et sur des abords). Ces semis déstructurent et décompactent le sol. C’est un couvert végétal qui ne demande pas de travail une fois semé puisqu’il n’y a pas d’objectif de production. On plante, entre autres, des légumineuses qui sont intéressantes pour leur pollen.

Ces quelques exemples d’actions participent à la recomposition du paysage et éluttent contre la simplification et la spécialisation des paysages de productioné. Des indicateurs ont été mis en place en 2015 : par exemple, le nombre de chauve-souris, de papillons, d’abeilles, d’oiseaux… “Le prochain inventaire se fera en 2024”.

Enfin, on mentionnera la mise en place des semis d’espèces sauvages adaptées à la faune locale. Cela s’appuie sur un partenariat avec un semencier régional (Végétal Local). Les graines qu’il propose sont “des graines prélevées dans le milieu naturel. Puis il multiplie les semences, et les revend sur la même région”. La semence de l’Achillée Millefeuilles vient habituellement de nouvelle Zélande. A Margaux, elle viendra de nouvelle Aquitaine. “Ces semences seront utilisées sur les zones en renouvellement et sur des bandes fleuries. 16 expérimentations sont en cours dans les châteaux et 16 dans les communes (toutes démarrées en 2018)”. A suivre et à amplifier.

Les perspectives d’évolution

Mais pour le moment, la question de l’utilisation des intrants est juste esquissée dans le projet. Édouard Miailhe n’occulte pas la question. “Nous ferons un élargissement des thèmes avec VITIPOLL et nous travaillerons de manière plus dense avec les collectivités, dont les communes”. Dans l’élargissement des thèmes et il y a bien “la réflexion sur l’utilisation des produits phytosanitaires en s’appuyant sur la pratique de certains châteaux”. Car à Margaux il y des châteaux qui ont bien avancé sur ce thème de la réduction des intrants : une expérience à partager sans aucun doute, d’autant que la demande de réponses des consommateurs sur cette question est réelle.

Le comité de pilotage, dans lequel on trouve 4 viticulteurs, est actif sur ce projet qui sera regardé avec beaucoup d’intérêt sur ses résultats mais aussi sur ses perspectives d’évolutions. Un projet basé sur une certaine capacité à convaincre, ce que pour le moment Édouard Miailhe a réussi à faire, bien aidé en cela par Josépha Guenser. Mais il y a aussi une certaine conscience chez les viticulteurs que l’avenir doit intégrer cette problématique de la biodiversité ; ils veulent prendre leur part de responsabilité vis-à-vis de la société en “s’engageant encore plus fortement dans une voie qui concilie viticulture et préservation de l’environnement”. Un projet qui se veut en phase avec le plan de relance sur la transition agroécologique.

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