Le domaine Singla, c’est aujourd’hui le Mas Passe Temps, un domaine de 45 ha, ceint de terres rouges, sur les premiers contreforts des Corbières Catalanes. Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du domaine Singla..
Nous attirons notamment votre attention sur le texte d’un auteur du Moyen-âge qui clôt la page Philosophie du domaine et dont Laurent de Besombes Singla a fait le guide de sa vie (pour y accéder directement, cliquez ici et descendez en bas de la page qui s’affiche).
Laurent de Besombes Singla et ses vins seront aux dégustations Alice – Terre de Vins, le 21 janvier prochain à Bordeaux.Qu’est-ce qui, dans votre terre, dans votre parcours et dans votre vision, fait la spécificité de vos vins ?
Laurent de Besombes Singla : (Rires) C’est une question compliquée ! Avant tout, je n’étais pas du tout parti pour être vigneron. Pourtant, je fais partie d’une famille vigneronne depuis 1760, avec, à l’époque, des propriétés entre 500 et 700 ha sur les contreforts des Corbières Catalanes. C’est une histoire familiale chargée et quand je voyais, enfant, mon père partir travailler je ne me suis jamais dit que c’était par passion ou pour rigoler, je me disais que c’était un métier très dur, que je ne ferais certainement pas, j’en avais même un peu honte, j’évitais de dire ce que mon père faisait dans la vie. Pour moi les vendanges, c’était des efforts énormes puis partir faire le tour de grandes citernes avec des lampes baladeuses pour surveiller un produit dont on ne verrait jamais le résultat. Car mon père vendait ses vins à des négociants et nous ne voyions jamais le vin fini…
Et puis, pendant mes études de droit j’ai eu un coup de foudre. Issu d’un milieu aussi marqué par le droit, avec un grand-père magistrat et une épouse notaire, j’étais là à cet examen de droit de la famille, sur un sujet qui visiblement me passionnait (rires), et au lieu de disserter, j’ai dessiné mon chais idéal. Puis j’ai plié mon devoir et je suis parti faire les vendanges. Rester au domaine s’est imposé comme une évidence. Mais je vis quand je suis sur ces terres. C’est toute la problématique d’un héritage : est-ce que je l’accepte pour ceux qui me le donnent ou est-ce bien pour moi-même ? Je n’ai aucun doute aujourd’hui sur le fait que c’est bien pour moi-même et de toute façon mon père m’a toujours voulu libre ; c’est un message précieux, le plus beau.

Qui sont vos vins et comment les concevez-vous ?
LdBS : J’étais parti pour faire la gamme classique : une entrée de gamme et une cuvée tradition. Puis j’ai choisi de vinifier parcelle par parcelle, parce que je rentre dans les cuves pour piger au pied. Et à ce contact, j’ai perçu toutes les différences, toutes les identités des différentes cuvée. Je n’ai plus de vins d’assemblage aujourd’hui, à l’exception de la Pinède.
Certains de mes amis vignerons me disent « c’est pas possible, tu rajoutes une nouvelle cuvée chaque année » (rires)Je cultive mes vignes en bio et en biodynamie, sans intégrisme, avec une double quête en tête : celle de l’équilibre et celle de la liberté. Le bio n’est pas une chose que je mets en avant en soi. Je cherche à faire du bon vin avant tout, le bio est un moyen, pas une fin. Il y a un peu de ça dans l’air en ce moment et cela fait du bien. Après l’enthousiasme un peu intégriste des premiers temps, les gens ont moins de certitudes, on peut ainsi avancer davantage.
Dans 50 ans ce qui restera ce n’est pas la méthode c’est le vin en cave et ce qu’il donne à la garde. Pas l’homme qui l’a fait, qui sera bien loin : la starisation des vignerons me met mal à l’aise, comme ces acteurs qui veulent faire de la politique. On attend des gens qu’il fassent bien le métier qui est le leur, point. Un vin n’est rien sans sa petite histoire, mais la petite histoire particulière peut être bâtie au détriment de la qualité des vins. Quand on découvre la supercherie, à l’occasion d’une dégustation à l’aveugle, par exemple, ça fait mal ! Pour ma part je considère que la reconnaissance que reçoivent mes vins aujourd’hui est surtout un hommage au travail de mon père.

Si vous deviez défendre plus précisément un cépage ?
LdBS : Ce serait le Carignan. Je ne comprends pas la haine qu’on lui voue, dans la presse du vin, et qui est incroyablement tenace. Moi je le trouve beau, avec son port érigé, comme le Mourvèdre, ces gobelets, les bras à l’air comme pour se sauver… Comme le grenache, c’est un cépage très identitaire pour le Roussillon : on le rencontre en Catalogne sud… J’ai bien sûr le regard tourné vers l’Espagne et ses logiques de marque et d’appellations connues partout dans le monde. C’est une source d’inspiration au moment où le vigneron du Roussillon est si perdu qu’il se raccroche sans croire. Ca, c’est la pire des choses. Le passéisme me dérange, mais renier son histoire me semble encore plus dangereux.
Je suis particulièrement attaché à une parcelle de Carignan que mon père a plantée dans les années 60 et dont il me dit qu’il l’aurait arrachée si je n’avais repris le domaine et qu’elle est là grâce à moi. Je plante aussi du Carignan. On prétend qu’il n’est bon qu’en vieilles vignes. Je vous assure que, sur une meilleure terre, plus reposée, des vignes plus jeunes donnent des résultats fabuleux et vous prouvent qu’il n’y a pas de vérité établie sur le vin. Rien que le cheminement du vigneron avec sa terre. Pas de sillon tout tracé, rien que celui que nous traçons et c’est tout le bonheur pour un jeune vigneron dans une région qui n’est pas prisonnière de l’histoire ou de la tradition.

Domaine Singla
4 , rue de Rivoli
66250 Saint-Laurent-de-la-Salanque – FranceTél/Fax : 04 68 28 30 68