Quand on est un vigneron de la Côte des Blancs et que l’on souhaite d’abord élaborer des vins qui mettent en valeur son terroir, proposer un champagne rosé représente un défi. Depuis 2010 Didier Gimonnet l’a relevé et nous sommes allés l’interviewer à l’occasion du lancement de la base 2019 de son fameux Rosé de Blancs (assemblage 222).

Comment est née cette cuvée ?

La cuvée Rosé de Blancs est atypique. Lorsque je suis arrivé sur le domaine il y a 35 ans, le rosé représentait 2 % des ventes de champagne. Aujourd’hui, on est entre 8 et 10 %, et il y a certains pays comme les Etats-Unis où cette catégorie représente plus de 15 %. Pour cette raison, en 2010, mes importateurs m’ont demandé d’en élaborer. Or, ma philosophie, c’est qu’une marque doit toujours être le reflet de l’origine de ses approvisionnements. Notre domaine est composé de 30 hectares sur la Côte des blancs, aussi notre expertise est-elle davantage sur les champagnes blancs de blancs qu’autre chose. Il fallait par conséquent que je produise un rosé qui, en bouche, reflète vraiment les caractéristiques de la Côte des Blancs. Cela m’a amené à produire un rosé dont on pourrait presque dire que c’est un blanc de blancs avec simplement de la couleur. D’où son nom, pour lequel j’ai dû batailler lorsque je l’ai déposé à l’INPI parce qu’évidemment un rosé de blancs, cela n’existe pas, même si j’ai pu le justifier par la proportion de chardonnays !

Avec un tel concept, vous êtes forcément allé vers un rosé d’assemblage…

On met aujourd’hui de plus en plus en avant en Champagne les rosés de macération. Mais il existe dans l’appellation ce droit que l’on ne retrouve dans aucun autre vignoble français d’assembler du vin rouge avec du vin blanc pour le rosé. Cette méthode me convient bien parce que j’estime que le champagne est justement d’abord un vin d’assemblage dont l’art est d’ajuster des vins d’origines différentes pour avoir le plus de complexité possible. Au contraire, dans le cas du rosé de saignée, on choisit d’emblée les raisins qui composeront la cuvée pour les faire macérer et obtenir la couleur rose. On ne pourra pas rectifier les caractéristiques par l’assemblage avant la mise en bouteille. De plus, dans leur style même, je trouve que les rosés de saignée donnent des choses plus tanniques et sont en opposition avec ce que l’on recherche en Champagne à savoir l’élégance et la finesse que l’on obtient grâce au climat septentrional et à la craie. C’est ce qui nous différencie des autres mousseux dans le monde !

Pouvez-vous nous décrire plus précisément cet assemblage ?

Mon but premier est d’obtenir un rosé qui ait une attaque franche et une finale saline, en ayant même un côté crayeux. Mais je veux aussi des nuances de fruits rouges qui rappellent qu’il s’agit bien d’un rosé. Le principe de cette conception est donc simple, les chardonnays doivent dominer le pinot noir, on privilégie par conséquent ceux des grands crus qui sont plus puissants même si sur cette nouvelle édition il y a davantage de premier cru de Cuis que d’habitude, parce que la base 2019 avait une belle matière.

Je veux aussi que mes vins restent digestes. Aujourd’hui, les rosés ont plutôt tendance à être très fruités, relativement puissants et généreux, et on les propose souvent pour accompagner un repas. Moi, je privilégie l’harmonie à l’intensité. Et surtout je vais travailler la texture, parce que c’est elle qui engendre la « buvabilité ». Un vin est fait pour être bu et pas seulement être dégusté ! Ainsi, pour la prise de mousse, je n’ajoute que 22 grammes de sucre et non 24, ce qui permet d’obtenir plus de crémosité. Celle-ci vient aussi de l’origine des raisins. J’ai la chance d’avoir beaucoup de vignes sur les terroirs de Chouilly et Cramant qui ont la particularité de donner naturellement une texture crémeuse, pas seulement d’ailleurs du point de vue tactile, mais aussi d’un point de vue aromatique, avec un côté presque lacté.

Une fois seulement cet assemblage de blanc de blancs opéré, on ajoute avec parcimonie le Bouzy rouge (entre 5 et 7%) en essayant de conserver une couleur très pâle. Ce pinot noir n’a pas été vinifié comme si on élaborait un coteau champenois, mais avec cette finalité d’assemblage pour un rosé. On a recherché la couleur et le fruit, surtout pas les tannins.

Prix : 42 €