Photo : COLASTUDIO
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L’investissement des Lyonnais en Beaujolais continue sur sa lancée. Jean-Claude Lavorel vient d’acquérir le Domaine Lafond, en appellation Brouilly, Côte-de-Brouilly, Régnié et Beaujolais, situé à quelques encablures du Château des Ravatys, acquis par le groupe l’année dernière. Six questions à Jean-Claude Lavorel.

Un an après l’acquisition du Château des Ravatys, vous devenez propriétaire du domaine Lafond. Pourquoi et comment cela s’est-il fait ?

Cela s’est fait naturellement. J’ai été prévenu que le domaine Lafond était prêt à vendre, nous nous sommes rencontrés, nous avons bien accroché. Et en interne, nous nous sommes dit, pourquoi ne pas augmenter notre surface de vigne et notre capacité d’action en Beaujolais (et par là-même notre chiffre d’affaires) ? Nous avons donc acheté les vignes, les installations, et le fils de l’ancien propriétaire reste sur l’exploitation en tant que salarié. Nous avons fait cause commune pour les vendanges 2021, et pour la suite nous reprenons l’exploitation, mais pas le stock.

Avec cette deuxième acquisition en Beaujolais, quelle est votre stratégie dans le domaine viticole et dans cette région ?

Nous n’avons pas de stratégie prédéfinie. La stratégie, ça se fait aussi en fonction des opportunités. Nous n’étions pas spécialement en recherche, mais c’est vrai que nous ne sommes pas du genre fermé [rires]. Là, le domaine s’est présenté, le feeling a suivi, et voilà. Les confinements ont été l’occasion de prendre du recul et du temps, avec la fermeture de nos hôtels et restaurants. Nous avons pu nous glisser pleinement dans le costume de vigneron et nous concentrer sur les actions que nous souhaitions entreprendre dans ce domaine. Nous avons travaillé sur le référencement de nos vins, et notre envie de réveiller la belle endormie s’est vraiment confirmée.

Avez-vous des projets particuliers pour ce nouveau domaine ?

Pour l’heure, nous n’avons pas de feuille de route définie. L’acquisition de ce domaine proche des Ravatys est l’occasion d’agrandir le chai et de mutualiser pour les deux exploitations. Notre nouvelle responsable d’exploitation arrivée cet été aux Ravatys, Aurélie Revermont (précédemment maître de chai au Château du Chatelard) va s’occuper des deux.

Quel bilan dressez-vous de cette première année au Château des Ravatys ?

J’en suis très content. La qualité des vins est très bonne, et l’expertise d’Aurélie devrait nous faire encore monter en gamme. Un tiers de la surface a été convertie en bio en 2021, nous poursuivons, et devrions donc avoir une conversion totale en 2024. Nous allons également développer un grand potager. Le réceptif, qui est à la base notre spécialité (le groupe Lavorel détient une branche hôtelière, « Lavorel Hôtels », notamment propriétaire des Suites de la Potinières à Courchecel, ndlr), nous a pleinement satisfait et fonctionne très bien.

Est-ce que le Beaujolais vous aurait autant attiré si ce n’était pas un vignoble en pleine mutation et riche de défis ?

C’est toujours intéressant de racheter quelque chose d’existant, puis d’y faire des travaux, de le remodeler en fonction de sa vision et d’apposer son empreinte. Et cette région mérite d’être revalorisée, on y fait des vins incroyables, par exemple j’adore les vins du Château de Poncié à Fleurie, ce sont des vins de fou. Avec le Château de Bagnols (Relais & Châteaux situé dans le Beaujolais des pierres dorées, acquis par Lavorel Hôtel en 2012, ndlr), j’ai appris à connaître et mieux comprendre la région.

Quelles sont vos ambitions ou votre vision pour le vignoble du Beaujolais ?

J’ai été élu président de l’office du tourisme du Beaujolais, « Destination Beaujolais ». Ma vision est simple : que l’on redonne ses lettres de noblesse à cette région. Et il y a encore du travail, cela arrive trop souvent que lorsque je fais déguster une cuvée de Beaujolais, les gens tirent la trogne. Je ne suis pas contre le Beaujolais Nouveau, mais il faudrait vraiment qu’il revienne à une place anecdotique et propre à certains marchés. Nous n’allons d’ailleurs pas poursuivre sa production au domaine Lafond. Je pense vraiment qu’il y a un coup à jouer ici. Le réchauffement climatique va changer le profil des vins, il y a des châteaux magnifiques, ça n’est pas réserver au Bordelais ou à la Bourgogne ! Il faudrait qu’on parle de tout ça notamment avec Jean-Loup Rogé (propriétaire du Château de Poncié) et Christophe Gruy (propriétaire du Château de la Chaize) : tous les ingrédients sont réunis pour monter en gamme sur les vins, l’oenotourisme.