Le château Fleur Cardinale, grand cru classé de Saint-Émilion, dévoile ses nouvelles installations après deux ans et demi d’aménagements. Un « nouveau printemps » qui s’accompagne d’une ouverture au public et d’un passage en bio, vingt ans après l’acquisition de la propriété par la famille Decoster.

« On a beaucoup reçu, il est temps de donner un peu ». À l’heure de faire découvrir leurs nouvelles installations, Caroline et Ludovic Decoster mesurent avec humilité et gratitude le chemin parcouru depuis que Florence et Dominique Decoster, les parents de Ludovic, ont fait l’acquisition en 2001 de cette belle propriété trônant au cœur des doux paysages de Saint-Étienne de Lisse. En vingt ans, Fleur Cardinale s’est hissé parmi les valeurs montantes du vignoble bordelais, décrochant une place parmi les Grands Crus Classés de Saint-Émilion et séduisant de plus en plus d’amateurs par le caractère sensuel, voluptueux et élégant de ses vins. Il s’est aussi imposé comme un modèle de communication moderne et décomplexée, dépoussiérant les codes bordelais en jouant sur une forte présence sur les réseaux sociaux, des vidéos humoristiques ou décalées, des collaborations artistiques et autres happenings dont l’imagination foisonnante de Caroline a le secret.

En 2015, Ludovic a rejoint le vignoble familial, avant d’en prendre les rênes en 2017. Une épreuve du feu sanctionnée par une sévère vague de gel, un crève-cœur qui a motivé le jeune directeur d’exploitation à rebondir : « le chai était presque vide, c’était une opportunité à saisir », raconte-t-il. L’idée première s’est imposée naturellement : rénover et agrandir l’outil technique, pour être mieux adapté à l’évolution du vignoble – passé de 17 hectares en 2002 à 23,5 hectares actuellement. Les aménagements ont donc commencé au cours de l’année 2018, en collaboration avec l’architecte Bruno Legrand, d’abord en vue d’une nouvelle cuverie inaugurée dès le millésime 2019 : 17 cuves inox tronconiques double peau, avec contrôle des températures et contenances de 69 à 159 hectolitres pour coller au parcellaire, révision du système de tri de la vendange… Cette rénovation s’est accompagnée d’une extension de l’espace dédié à l’élevage, un double chai désormais en capacité d’accueillir jusqu’à 900 barriques, agrémenté d’un espace « expérimental » pour tester des vinifications intégrales, nouvelles souches de levures et autres secrets de cuisine (depuis 2020, une partie des vins, à hauteur de 3%, est élevée en amphores).

Transmission et pédagogie

Mais le projet n’était pas que technique. Comme le précisent Caroline et Ludovic, l’idée était aussi d’ouvrir les portes de la propriété au grand public, tout en restant dans un projet à dimension familiale et humaine, « comme à la maison ». Un œnotourisme confidentiel et chaleureux, qui se dévoile à partir de ce printemps. Dès leur arrivée, les visiteurs sont « plongés » dans l’univers de la vigne avec une maquette designée par Art Concept, qui explique le cycle de vie de la plante. Transmission et pédagogie sont au cœur du concept, comme l’atteste le « couloir des saisons » faisant traverser en couleurs et en sons une année dans le vignoble. Les vers du slammeur Souleymane Diamanka rythment la visite, jusqu’à l’étage où l’on découvre un espace boutique – entre habillages végétaux aux plafonds et boîte aux lettres vintage pour poster de bons souvenirs de Saint-Émilion – et des espaces privatisables, deux salles de dégustation, une salle à manger et une bibliothèque, donnant sur une terrasse végétalisée ouverte sur un magnifique panorama. L’ensemble, réalisé par des entreprises locales, a été décoré par la tribu Decoster, une façon de rappeler aux visiteurs que ce grand cru classé reste envers et contre tout une aventure familiale.

L’offre œnotouristique, sur réservation, pour petits groupes et ouverte du mardi au samedi, se déploie entre formules « horizontale », « verticale », « premium » et « famille », de 25 € par personne à un forfait de 270 €. L’accueil des personnes à mobilité réduite a bien sûr été inclus dans la réflexion d’ensemble (voir tous les détails ici). Un nouveau chapitre s’ouvre donc à Fleur Cardinale, témoignant d’un passage de relais en douceur entre les générations. Ce n’est sans doute pas le dernier : en début d’année, Fleur Cardinale a annoncé le début d’une conversion en bio, qui devrait être finalisée en 2024 ; et le château dévoilera à partir du millésime 2021 une cuvée en blanc. Se reposer sur ses lauriers n’est pas dans les habitudes de la maison.