Face aux difficultés rencontrées sur ce millésime 2017 durement frappé par le gel, le château Fleur Cardinale, Grand Cru Classé de Saint-Emilion, a fait un pari audacieux en décidant de sortir l’intégralité de sa production en magnums. Un millier « seulement » seront mis en marché.

On le sait désormais, le millésime 2017 sera à tout jamais marqué par le gel. En quelques nuits, certains vignerons de l’ensemble du Bordelais ont perdu tout ou partie de la récolte. Mais ce que l’on sait moins, car les vins ne sont pas totalement finis, c’est le niveau de qualité. La plupart du temps, celle-ci s’annonce très encourageante, surtout chez ceux qui ont fait un vrai travail de vigneron, un travail d’orfèvre en privilégiant les grappes de première génération (celles qui n’ont pas gelé) aux grappes de deuxième génération (celles qui ont repoussé après le gel).

C’est le cas de la famille Decoster, propriétaire de Château Fleur Cardinale (23,5 hectares en Saint-Emilion Grand Cru Classé) et Croix Cardinale (4,5 hectares en Saint-Emilion Grand Cru), qui vient de décider de produire uniquement 1 000 magnums (1 200 en production plus précisément) de Château Fleur Cardinale. 1000 magnums issus des parcelles culminantes du domaine, celles non touchées par le gel, qui après un tri sévère comportent quasi uniquement des grappes de première génération. « Nous avons été touchés fin avril et nous savions que la production serait très limitée », explique Caroline Decoster. « Sur les sols argilocalcaires, nous avons pu vendanger à la carte et bénéficier d’une très belle maturité », constate cette dernière.

« Nous avons décidé de vinifier les vins en futs de 500 litres. Et après les fermentations malolactiques (la deuxième fermentation – NDLR), le potentiel qualitatif était présent et nous avons sélectionné 8 barriques que nous jugeons représentatives de notre grand vin ». Une sélection drastique, mais qui se veut à l’image des efforts consentis depuis de nombreuses années par cette famille de propriétaires attachée à produire des grands vins.

« Le gel nous a impacté à hauteur de 95% aussi notre assemblage sera-t-il différent puisque il est constitué de 35% de cabernet franc, 20% de cabernet-sauvignon et 45% de merlot ».

« C’est une revanche sur la Nature et nous pouvons nous estimer chanceux. Il faut faire le deuil de la quantité et se consacrer sur la qualité que nous avons. C’est une belle leçon de vignerons, quand on peut, comme nous, se le permettre ».

Effectivement, un effort que beaucoup de vignerons ne pourront consentir sans mettre en péril les fragiles équilibres économiques de nombreuses propriétés dans la région bordelaise, et qui laisse interrogateur sur le futur prix des vins. « En termes de prix, nous resterons dans les standards de Fleur Cardinale », affirme Caroline Decoster. « Ce serait une erreur d’augmenter drastiquement le prix », conclut-elle.

Un challenge donc pour la propriété, à double titre, puisque Ludovic Decoster, l’époux de Caroline, a pris les rênes techniques de la propriété en janvier dernier lors du départ du directeur technique. « Ce fut un démarrage complexe et un double challenge car il voulait voir ce qu’il était capable de faire ».

Résultats définitifs lors des dégustations primeurs, en avril 2018.