(photos JM Brouard)
(photos JM Brouard)

Le château Fleur Cardinale, grand cru classé de Saint-Émilion, dévoilait il y a quelques jours un projet artistique original et détonnant dans un monde bordelais encore relativement feutré.

Le vignoble bordelais a du mal à se défaire d’une image aristocratique, particulièrement dans les grands crus classés. A une époque où la planète vin ose de plus en plus, les rares initiatives décalées à Bordeaux apportent donc un vin de fraîcheur et rappellent que rien n’est totalement figé.

Quand vous trouvez, sur une étiquette de Fleur Cardinale 2015, un homme bien sous tous rapports qui vous tire la langue sans complexe avec, à ses côtés, un doberman assis tenant une rose dans sa gueule, il y a là une volonté assumée de bousculer des habitudes. Caroline Decoster, belle-fille des propriétaires du château, a tout de suite adhéré à l’idée soumise par Junior, jeune créateur de la société Junart. Parti un temps à Londres puis à Hong-Kong et récemment revenu dans la capitale, ce Lyonnais fou d’art contemporain et grand amateur de vins a décidé de faire se rencontrer les deux mondes de manière originale.

Bien sûr, la chose n’est pas nouvelle depuis que le château Mouton-Rothschild fait illustrer chaque année son étiquette par une star de la scène artistique mondiale. Mais ici, le projet va plus loin encore puisqu’au-delà de l’étiquette, l’artiste choisi par Junior va également utiliser la caisse bois comme support d’expression. La première salve fin 2016 avait permis la rencontre entre le brillant Yohann Michel, vigneron de Cornas, et Nasty, un street-artist ultra-créatif. Cette fois-ci, Junior est allé trouver l’un de ses amis, le dessinateur Jean-Michel Tixier.

De l’art accessible

Si l’art de Jean-Michel Tixier vous est inconnu, vous risquez cependant fort de le trouver familier tant son trait est évocateur d’une époque, d’une école. Celle de « la ligne claire », style reconnaissable entre mille représenté par l’icône Hergé. Un trait noir de même épaisseur entourant chaque détail, pas d’ombre, des couleurs nettes permettant une identification précise et rapide des différents éléments. Voici le style de l’étiquette qui orne donc quelque 250 bouteilles de château Fleur Cardinale 2015. Une édition limitée sur un grand millésime qui plaît beaucoup aux fidèles amateurs de ce vin. « Certains de nos clients qui avaient acheté du 2015 en version classique ont été charmés par l’édition limitée », confesse Caroline.

De toute évidence, on ne saurait rester insensible à cette bouteille (75 €) au style décalé, terriblement graphique. Et que dire des 16 caisses bois de 6 bouteilles de 2015 en édition limitée (850 € l’unité) également réinterprétées pour l’occasion par l’artiste ? Des pièces fortes, le couvercle de chacune d’elles étant orné d’un dessin original noir représentant des personnalités, de Gainsbourg à Basquiat, de Woody Allen à The Cure. Des œuvres d’art à exposer (le couvercle n’est pas cloué à la caisse pour ne pas l’endommager) en attendant de laisser vieillir quelques années le vin en cave.

Et que ceux qui ne boivent pas de vin se réjouissent, Junior a pensé à tout. Le dessin de l’étiquette a également été tiré à 25 exemplaires en lithographie (150 € pour le petit modèle, 550 € pour le grand modèle) et une bougie ornée du même dessin a même été créée à partir d’une analyse sensorielle des vins de Fleur Cardinale afin d’en retranscrire l’univers olfactif. « Un projet un brin irrévérencieux, où même le chien qui nous regarde droit dans les yeux est complice de l’initiative ». Le plaisir de Jean-Michel Tixier est perceptible, tout comme celui des différents acteurs de ce projet, second d’une série que l’on espère longue. En attendant de découvrir la prochaine collaboration initiée par Junior, bouteilles et caisses de cette édition limitée de Fleur Cardinale sont à découvrir dans les locaux parisiens de KissKiss BankBank jusqu’au 13 juillet.

KissKiss BankBank – 34 rue de Paradis 75010 Paris