©W. Kiezer
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Ils s’appellent Artaban, Floréal, Muscaris, Souvignier gris ou encore Coliris et Selenor, depuis 2017 des cépages résistants aux maladies peuvent être plantés et commercialisés sur le territoire français. Et dans un contexte toujours plus fort de réduction des doses de produits phytosanitaires, ces résistants séduisent et s’installent, aussi bien dans les cahiers des charges d’IGP que dans les parcelles des domaines.

Issus de croisements entre des vignes européennes et d’autres espèces portant les gènes de résistances (américaines et asiatiques), ces cépages proviennent de programmes d’études français et étrangers longs et coûteux. Il faut entre 12 et 20 ans pour arriver à l’obtention d’un nouveau cépage, entre la création de la variété des premiers pépins à sa mise en production.

Initiés dans les années 1970, les programmes d’obtention ont permis de créer des dizaines de cépages résistants comme en Allemagne avec le souvignier gris et le muscaris, et plus récemment en France par l’intermédiaire de l’INRAE et son programme Resdur* 1 avec les cépages Vidoc, Artaban, Floréal et Voltis, et Resdur 2 avec les Coliris, Lilaro et Sirano et Selenor. Ces cépages ont tous des qualités organoleptiques spécifiques et permettent une réduction de près de 95 % des pulvérisations de fongicides en conditions de production (d’après les résultats du réseau Oscar).

*Résistance durable

Intégration dans le vignoble

En juillet 2018, le comité national des IGP a validé la possibilité d’introduire ces cépages dans leurs cahiers des charges. Et après examen, l’INAO a donc donné son accord pour l’intégration de ces nouveaux cépages dans le cahier des charges de 15 IGP dont les Identités géographiques Protégés Cévennes, Gard, Pays d’Oc, Atlantique ou encore Val de Loire. Concernant les appellations, aucune AOC n’a encore amorcé un projet d’intégration dans un cahier des charges. D’après le laboratoire Dubernet, 45 variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium sont inscrites au catalogue français (définitif ou temporaire) et 132 au niveau européen.

De nombreux domaines ont également franchi le cap en plantant des cépages résistants. L’un des pionniers en France est le domaine de Revel (14 hectares) dans le département du Tarn-et-Garonne, qui a planté du Souvignier gris en 2010 pour une première récolte en 2015. Aujourd’hui certifié bio, Mickael Raynal, le vigneron, assure que le cépage résiste à 100% aux maladies comme l’oïdium et le mildiou.

“Le premier projet de cette envergure en France”

A Mauguio à côté de Montpellier, le domaine de la Clausade a planté 17,5 hectares de cépages résistants en 2019. Créé ex nihilo par Olivier Sébé, c’est le premier projet de cette envergure en France. Le domaine a planté des résistants allemands, suisses et français, plus précisément du Vidoc et de l’Artaban pour l’élaboration des rouges et rosés puis du Souvignier gris, du Soreli, du Muscaris et du Floréal pour les vins blancs. 15 000 bouteilles ont été produites en 2021 et le domaine souhaite sensibiliser le consommateur à la démarche. Hugo Robert, le responsable commercial du domaine, annonce clairement l’objectif environnemental de la toute jeune exploitation : “Nous souhaitons ne plus utiliser de pesticides.” Le domaine sera certifié bio en 2022.

Un petit vignoble picard planté de résistants

En Picardie, même objectif mais pas tout à fait de la même envergure. C’est à Corcy dans l’Aisne qu’un petit vignoble a également été créé ex nihilo, avec la plantation en 2021 de 3 hectares de cépages résistants. Comme au domaine de la Clausade, Bertrand Renard l’un des associés assume la démarche environnementale : “On voulait du bio mais tout en se passant des traitements, y compris le cuivre”. Et c’est encore une fois le Souvignier gris qui y est majoritairement planté avec plus de 50 % de l’encépagement, suivi du Muscaris, du Floréal et du Voltis. RDV dans quelques années pour les premières cuvées.

Sur les 1200 hectares de cépages résistants plantés dans le vignoble français, c’est le cépage allemand Souvignier gris qui est le plus représenté avec 365 hectares cultivés suivi du Floréal et du Soreli.