La présentation, hier, du millésime 2020 en « livrable » accompagné des millésimes 2019 et 2018, a permis aux 249 Crus Bourgeois du Médoc de faire une démonstration de leur force collective. Elle a également été l’occasion de faire le point avec la vice-présidente de l’Alliance, Armelle Cruse. Entretien.

Dans un contexte économique et géopolitique chahuté, comment se présente le marché pour les Crus Bourgeois du Médoc ?
Le contexte est effectivement compliqué, avec l’inflation, les difficultés d’exportation vers l’Asie, les conséquences de la guerre en Ukraine… C’est pour toutes ces raisons que nous avons voulu organiser cette grande dégustation destinée aux professionnels au Hangar 14, qui ne met pas seulement en lumière le nouveau millésime disponible, 2020, mais aussi les deux précédents, 2019 et 2018. C’est un très beau trio, de grande qualité, qui permet à nos adhérents de montrer ce qu’ils ont à vendre, et aux distributeurs d’avoir une plus large palette de millésimes à travailler.

Quels sont les terrains de conquête pour les Crus Bourgeois ?
Nous misons fortement sur les Etats-Unis, qui sont un marché historique et très porteur. Nous espérons aussi une reprise en Asie, et travaillons à l’organisation d’une opération de promotion à Hong Kong, qui envoie des signaux prometteurs. Mais nous voulons aussi prendre le temps de reconquérir le marché français. Cela commence par Bordeaux, où notre opération Good Wines Only organisée en juillet dernier avec « Terre de Vins » a été un franc succès. C’est une « opération séduction » du grand public que nous souhaitons décliner très bientôt à Lille, pour commencer… De façon plus globale, l’enjeu pour les Crus Bourgeois est de renforcer le collectif, de faire preuve de solidarité : c’est l’ambition de nos universités d’été, lancées l’année dernière qui permettent de réfléchir à l’avenir des Crus Bourgeois, de renforcer un « esprit de famille » en soutenant les propriétés qui rencontrent des difficultés face à l’augmentation du prix des matières premières ou face aux aléas climatiques. Confrontés à une concurrence mondiale, c’est collectivement que l’on s’en sortira.

Deux ans et demi après la promulgation du classement 2020, vous avez déjà en ligne de mire le classement 2025. Où en êtes-vous de ce dossier ?
Nous sommes en pleines vendanges du millésime 2022, qui sera le dernier millésime soumis au classement de 2025. C’est en effet l’une des grandes différences de ce classement avec celui de 2020 : alors que, pour ce dernier, les propriétés candidates pouvaient présenter cinq millésimes choisis sur dix ans, pour celui de 2025 elles présenteront « à égalité » les cinq millésimes s’étalant de 2018 à 2022. Les choses vont aller vite : les candidatures doivent être déposées à l’automne 2023, le volet dégustation se dérouler au premier semestre 2024, puis le dépôt et l’examen des dossiers pour une mention complémentaire (Cru Bourgeois Supérieur ou Cru Bourgeois Exceptionnel) aura lieu au second semestre de 2024 pour une promulgation en février 2025.

Quels sont les points de progrès du classement ?
Outre le volet dégustation mentionné plus haut, toutes les propriétés candidates seront dans l’obligation d’avoir une certification environnementale. Ce classement des Crus Bourgeois du Médoc doit être un tremplin, et donc chacun doit pouvoir se « challenger » tous les cinq ans pour accéder à l’un des trois niveaux de classification. Ensuite, au-delà du classement, c’est à chacun de travailler sa marque. Il n’est pas toujours simple d’être à la fois viticulteur, commerçant, communicant, mais c’est pourtant la clé pour conquérir les consommateurs. Nous nous en rendons compte quotidiennement dans ma propriété du château du Taillan (Cru Bourgeois Exceptionnel, NDLR). Le digital est un facilitateur, c’est pourquoi nous investissons dans les réseaux sociaux, pour créer du lien mais aussi de la demande : c’est en donnant envie au consommateur que l’on incitera aussi les professionnels à nous référencer, d’où l’importance de nos opérations « B to C » !