(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Les rosés associés aux dégustations estivales se désaisonnalisent doucement et commencent à faire leur apparition sur les tables hivernales avec ragoûts et plats exotiques. Certains s’affichent même comme des vins de garde. Pourquoi ne pas changer de couleur à table avec les premiers froids ?

Évidemment les rosés sont d’abord associés au “sea, sex & sun” de l’été, entre plages et piscines, sur les balcons et terrasses au soleil. Ils sont d’ailleurs davantage liés à la météo qu’à la saison, les étés pluvieux ayant vu la consommation baisser drastiquement tandis que les printemps ensoleillés voyaient les bouteilles sortir bien plus tôt sur les tables. L’été, le rosé commence à se faire tailler des croupières par les blancs, histoire de changer de couleur, et par des rouges, légers et fruités, à boire frais. Néanmoins si plus d’un tiers des rosés se vendent l’été en GD, le chiffre redescend à 18% l’hiver (IRI 2020), mais il progresse (seulement 15% en 2015). En Grande-Bretagne, on constate même un pic de consommation en février pour la Saint-Valentin, un pic qui profite surtout au champagne dans l’Hexagone.

Rosé primeur

Depuis déjà quelques années, avec le succès, les rosés se désaisonnalisent doucement. Les Maîtres Vignerons de Saint-Tropez qui fêtent cette année le douzième anniversaire de leur rosé d’hiver Grain de Glace (environ 140 000 bouteille par an en édition limitée) estiment qu’un tiers de leurs ventes se font en stations. En commanditant un sondage il y a deux ans à OpinionWay, ils avaient pu constater que 62% des Français estimaient que le rosé pouvait se boire toute l’année et que près des trois-quarts des consommateurs en buvaient également l’hiver, d’abord par goût (pour 46%), pour le mariage avec la gastronomie et pour l’apéritif, surtout chez les jeunes. Cette année, après tigre, ours, aigle…, c’est le loup qui s’affiche sur la bouteille sérigraphiée Grain de Glace (11,60€).

Rosés de garde

Le millésime n’étant pas une mention obligatoire, il n’apparaît pas sur certaines bouteilles mais en général, le rosé est consommé dans l’année. Il est même entaché de suspicion s’il vous est présenté en restauration avec un millésime antérieur à partir du printemps. La plupart des rosés restent peu en contact avec les peaux donc contiennent peu de tanins, et ne passent en général que quelques semaines en cuve. Pourtant, certains rosés, notamment de saignée, se prêtent à la garde, surtout lorsqu’ils sont élaborés à partir de cépages comme le mourvèdre, la syrah, le cabernet sauvignon, le cabernet franc.., et en particulier lorsqu’ils bénéficient d’une longue macération, quitte à gagner en couleur, ou d’un élevage sous bois. Si la tendance des rosés de garde est récente, elle est plus développée en France qu’ailleurs (environ un quart de la production globale). Le Concours des Vins de Provence a créé, depuis 2015, une catégorie Rosé de garde ; se sont distingués au palmarès 2020, les châteaux Vignelaure pour le 2012 et La Calisse pour le 2017. Les appellations Bandol, Tavel et Rosé des Riceys offrent incontestablement des rosés à la couleur plus soutenue mais avec davantage de matière. Marsannay, Irouléguy, Luberon… ou avec un peu plus de sucre Cabernet d’Anjou peuvent également donner des rosés de garde.

Dans l’esprit des consommateurs, le rosé est d’abord un vin de salades et de grillades. Les salades d’hiver, hormis une éventuelle période de désintox d’après fêtes, ne sont guère roboratives pour la saison et les grillades plutôt rares, sauf à disposer d’une cheminée et à prendre le risque d’enfumer toute la maison. Par temps de frimas, on peut néanmoins essayer des rosés structurés sur des bœufs bourguignons et des ragoûts (essayer même de cuisiner le ragoût de poulpe ou le risotto aux cèpes avec un rosé). Ils peuvent aussi accompagner les cuisines exotiques et épicées, japonaise ou thaïlandaise, une bisque de homard ou une lotte à l’armoricaine, un chapon aux cèpes ou aux châtaignes, une moussaka ou des lasagnes…

Petite sélection variée :

Parmi les bandols : Nuances du Château Pibarnon (28€), L’Irréductible du Domaine La Bégude (28€), Cuvée Sainte Catherine du domaine La Suffrène (25€), La Bastide Blanche (16€)…
Parmi les les tavels : Domaine Maby, cuvée Prima Dona (13€), du Château d’Aquéria (12,50€), du Domaine de la Mordorée La Dame Rousse (15€)…
Parmi les vins de Provence : les côtes-de-provence Pionnière de Figuière (40€), Domaine de Rimauresq (15€), le côtes-de-provence Sainte Victoire Mas de Cadenet Grande Garde (22€), le coteaux-d’aix-en-provence du Château Vignelaure (16€), le luberon Petula de Marrenon (10€)…
Mais également : le Rosé des Riceys Devaux (25€); l’irouléguy du Domaine Arretxea (13,50€); le côtes-du-marmandais Outre Rouge d’Elian da Ros (12€), le cabernet d’Anjou du château de Brissac Virtute Tempore (7€)….