Samedi 28 Mars 2026
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28.03.2026
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Après l’avant-goût des primeurs, voici le goût des livrables du millésime 2023. L’équipe de dégustateurs de Terre de Vins : Julia Bouchet, Jean-Charles Chapuzet et Michel Sarrazin, menée par Mathieu Doumenge, a revu sa copie. Après deux ans d’élevage, les potentiels prometteurs détectés au printemps 2024 se sont confirmés, tandis que ce temps n’a pas toujours comblé les faiblesses de certains échantillons. Finalement, celui qui ressort gagnant de cette année en demi-teinte, qui succède à 2022 reconnue unanimement pour sa qualité, c’est le consommateur avisé qui trouvera, parmi la sélection de Terre de Vins, des réussites forcément plus accessibles que l’année précédente. Bonne lecture !

Dans cet article, retrouvez les commentaires de dégustation pour les appellations Margaux, Listrac-Médoc et Moulis-en-Médoc.

Sérieux, ce nez indubitablement médocain qui surfe avantageusement sur le profil du millésime. Léger toasté-fumé sur le fruit noir et la touche d'ardoise. La bouche nous déçoit un peu, assez svelte, déliée, mais bien balancée entre tanins fermes et arête acide saillante. Sérieux, résolument.

Brane-Cantenac s'est donné les moyens de ses ambitions. Les récentes rénovations au chai visent à intégrer des technologies pointues dans les processus de vinification tout en respectant certains savoir-faire patrimoniaux. Cette science aboutie commence à se retrouver dans ce 2023 de très grande classe. Il y a de la subtilité en tout. Nez de cèdre, graphite, pin et mélisse. Une fraîcheur en fil conducteur, accompagnée par un fruit éclatant jusqu'à la finale de Zan mentholé. Les 77 % de cabernet sauvignon apportent une puissance civilisée et l'élevage, très maîtrisé, est parfaitement ajusté.

Déjà repéré lors des primeurs. L’équilibre entre présence tannique et élégance est une grande réussite, un équilibre qui n'a en rien été affecté grâce à un élevage bien dosé et respectueux. Dès l'attaque, tous les atouts d'un grand vin sont convoqués. Le chemin de bouche est tubulaire et on appréciera tout particulièrement le duo du joli grip des tanins et de la jutosité qui offre un toucher de bouche séduisant. Sur des saveurs mentholées et poivrées, la bouche se montre fraîche, sphérique et longue. Le bouquet n'est pas en reste avec ses touches de moka et de graphite. Le nouveau chai livre là un beau vin !

En primeur, Desmirail nous avait agréablement surpris avec une jolie interprétation du millésime. La version en bouteille confirme cette progression, le vin a gagné en étoffe, en jutosité, en gras, en constitution. Il s'étire sur une certaine longueur, aidé par un habit tannique de bonne distinction. Une réussite notable.

Nez acidulé sur la violette et la framboise. L'attaque est ample et fraîche, c'est très digeste. Ce margaux joue la carte de l'accessibilité dès sa jeunesse, c'est croquant, les notes de chocolat au lait se conjuguent à la cerise fraîche. Une belle entrée en matière.

Le nez s’ouvre avec éclat. La matière ample est presque gourmande. Les tanins, robustes, encadrent l’ensemble avec assurance et dessinent un profil taillé pour la garde. La finale, droite et précise, revient sur une sensation de jus pur, avec cette netteté qui signe les grands terroirs de Margaux.

Le premier nez claque avec énergie : groseille fraîche, pointe acidulée, puis une touche plus gourmande qui rappelle la tarte à la myrtille. C’est vif, fringant, immédiatement engageant. La bouche suit avec le même allant. Le vin est avenant, presque irrésistible dans son fruit, porté par une jolie sucrosité qui le rend particulièrement appétissant. On a envie d’y revenir. La matière est tenue, étirée par une acidité précise qui apporte tension et fraîcheur. Dans un millésime exigeant, les familles Lorenzetti et Cruse signent un vin habité, à la fois accessible aujourd’hui et solidement armé pour évoluer.

Un peu réservé au premier nez, mais délivrant une fine note graphite, sur la mine de crayon, Kirwan s'avance sur le floral, plus discret qu'en primeur. En bouche, une dimension sphérique, bien tapissante, ourlée, mais qui manque légèrement de charnu. Les tanins ont un peu de grip, et l'ensemble se signale par une longueur moyenne.

Le nez joue la carte de l’elegance : des notes florales délicates, une touche de chocolat au lait, le tout finement dessiné. En bouche, la matière se révèle à la fois soyeuse et ample. On retrouve cette nuance lactée, accompagnée d’une fraise subtile et d’un cassis tout en retenue. Une pointe de pierre à fusil vient apporter du relief. Tout est fin, détaillé, presque ciselé et pourtant la puissance est bien là, parfaitement maîtrisée. La longueur impressionne, étirée, persistante, laissant une sensation d’équilibre et de distinction. Un Lascombes qui conjugue intensité et raffinement.

Le nez s’exprime sur un registre boisé assumé, la bouche confirme cette puissance. Les notes grillées et boisées dominent aujourd’hui, portées par une structure solide. L’ensemble est dense, construit, avec une trame qui demande à se fondre. Le potentiel est là, mais le temps sera son meilleur allié.

Grande minutie dans la palette aromatique de ce Château Margaux 2023, qui s'avance sur un bel équilibre entre fruité et floral, un élevage maîtrisé et intégré, une concentration qui se signale par de la profondeur, de l'éclat et un foisonnement de détails. De la distinction pure, aux antipodes de l'extravagance. Une bouche dynamique, qui se propulse sur une sacrée vivacité, une grande pureté tactile s'appuyant sur des tanins de haute précision. Superbe salivation en finale, persistance majuscule, c'est un grand classique en devenir.

Le nez s’ouvre sur un registre floral marqué. L’expression est précise, fidèle au style impulsé par Ludovic David, axé sur la pureté du fruit. En bouche, la matière évoque une purée de cassis bien mûr. On vous invite à le déguster dans sa jeunesse, pour profiter de son fruit et de son éclat aromatique.

D’emblée, la violette s’impose, accompagnée d’une nuance végétale qui signe la fraîcheur du profil. La bouche déroule une matière fluide, aérienne, avec cette sensation de vin qui glisse sans jamais peser. Le fruit rouge éclate : net, croquant, très pur, donnant à l’ensemble un caractère gourmand.

Un nez précis sur la groseille et le grain de cassis qui craque sous la dent. C'est le cas dès l'attaque, la fraîcheur et la densité forment un ensemble d'une grande noblesse. La structure tannique doublée d'une grande suavité confèrent à ce vin à la fois un grand potentiel de garde et une très belle buvabilté, dès maintenant mais à condition de le carafer. Mongravey est sur la place avec ce 2023, pour s'inscrire dans le grand « classicisme contemporain » médocain.

Nez d'une grande noblesse médocaine, entre des notes de craie et une pointe de clou de girofle. L'attaque est ample, suave, le touché tannique est très bien pensé avec un élevage totalement maîtrisé. Tout est équilibre et finesse. Un très beau margaux qui fait figure de locomotive pour les Crus Bourgeois.

Assez représentatif d'un margaux, ce vin est avant tout harmonieux. Plus que la puissance, c'est l'élégance de sa matière soyeuse et souple qu'on retiendra et qui porte en finale des saveurs de Zan et de bâton de réglisse. Le bouquet est charmeur sur ses notes de tabac blond, de fumée et de menthol.

Un nez très réglissé, feuille de tabac, de la densité se profile sur une certaine rigueur. Touche de cerise croquante. Du volume et du charme. En bouche, une jolie plénitude, un charnu certain, un peu poussé, des tanins qui présentent une légère rugosité, mais l'ensemble se révèle digeste et affûté.

Beaucoup de précision, de percussion dans ce vin, qui affiche son profil contemporain et lumineux, assez floral. La bouche se développe sur une chair ferme, sans débords, ourlée de tanins fins, s'étirant en élégance sur une jolie acidité saillante. De la jolie ouvrage, qui à ce stade ne se signale pas par une grande explosivité mais promet une jolie évolution.

Un agréable nez floral et apaisé, convoquant le tabac blond et la feuille de thé. Les petites baies rouges arrivent à l'aération. On lui trouve beaucoup de charme et cela se confirme en bouche, signée par une jolie souplesse, une capsule de fruits rouges qui éclate en bouche, avez un zesté qui est la signature du millésime.

Dans un registre très margalais, le bouquet évoque d’emblée un panier de fruits rouges mêlé à des nuances florales fines. La bouche surprend par sa matière : il y a de la densité, de la mâche, une présence tactile qui donne du relief. Les fruits rouges dominent, portés par une structure dynamique.

Fonréaud joue sur son registre habituel, bien équilibré, avec ce millésime 2023 qui lui va bien. Un jus fin, aligné, tendu, qui se pose sur des tanins de jolie fermeté et sur une certaine allonge. Caractère digeste, sur la finesse et la buvabilité, voire un certain croquant acidulé en finale.

Fourcas Hosten est une valeur sûre. Confirmation avec ce 2023 au nez original, pudique et contrasté, terreux et racinaire, mais aussi avec une touche de pivoine. La vinification fait la part belle à des tanins soyeux, même si l'on trouvera un côté rigoureux qui se dissipera. De la mâche, mais aussi digeste.

Toujours une valeur sûre, Lestage décline sur ce millésime 2023 un profil résolument médocain, entre droiture et sève. Une certaine austérité sur le plan tannique ne vient pas éclipser la bonne allonge de la matière, qui s'étire sur une fine ligne acide. L'ensemble est croquant, digeste, équilibré, et mérite indéniablement d'être attendu.

Une légère empreinte goudronnée se devine sur le fruit noir, qui laisse aussi deviner une touche de noyau. La bouche se décline sur une matière très svelte, des tanins qui arborent de la raideur et une finale assez déliée, un peu stricte à ce stade. Il nous laisse malheureusement sur notre faim.

Un nez assez élégant, sage, restreint, qui ne roule pas des mécaniques. Il coche de bonnes cases sur ce millésime, ce qui était déjà le cas en primeur. Bouche alerte, tendue, bien affûtée, sur un jus plein, des tanins qui ont peu d'accroche, une bonne acidité et une finale sur des amers vigoureux.

Nez très frais, sur la groseille et la bigarreau. C'est ample et explosif, un vin pensé sur le volume et la grande buvabilité dès sa jeunesse. Cette largeur ne le prive pas de longueur, l'ensemble est équilibré et très réussi.

D’emblée, le fruit rouge s’exprime avec franchise. La bouche se montre éclatante et vive, portée par une belle intensité de fruits rouges, relevée par des touches de réglisse en bâton. La cerise noire éclate et apporte relief et gourmandise. L’ensemble conserve une fraîcheur marquée.

Un certain élevage se discerne au premier nez, note toastée et fumée très prégnante. En bouche, de la vivacité, un jus alerte, articulé sur une ligne acide prononcée et des tanins qui ont du grip. Un peu d'attente en bouteille permettra de tout harmoniser.

Plutôt sur la retenue au premier nez, déclinant un arôme de fraise écrasée, de cerise confite, un léger chocolaté, un certain classicisme se profile. La bouche s'articule sur une sérieuse structure tannique qui accompagne bien la chair, en droiture. C'est du sérieux, signé par de légers amers en finale.

Expression avenante, où la groseille se mêle à une fraîcheur mentholée. La bouche avance avec souplesse et légèreté. Le merlot joue un rôle central, apportant rondeur et volume tout en préservant l’équilibre jusqu’à une finale sapide. L’ensemble se prolonge sur une aromatique florale, discrète et harmonieuse.

Une jolie densité se discerne, de la profondeur, une maturité bien ajustée qui combine le fruit rouge au lilas. Une touche de poivre s'invite. En bouche, beaucoup de souplesse et de jutosité, du fond, de la sapidité, une jolie mâche sanguine. On relève aussi des tanins finement brossés, et un trait d'agrume zesté qui accompagne l'ensemble jusqu'à la finale, très légèrement serrée. C'est un vin très aimable, digeste, tout est en place sur un registre qui vise le plaisir, la buvabilité, sans renier le fond.

Nous avions beaucoup aimé ce vin en primeur. Bonne nouvelle, il confirme la bonne impression initiale. Le nez nous invite d'emblée à plonger dans un joli crémeux de fruit noir, teinté d'une agréable fraîcheur, d'une touche d'encre de Chine. La bouche est à l'avenant, souple, plutôt veloutée, habillée de tanins qui ont du grain mais qui tiennent bien la matière. Jolie chair pleine de mâche, un poil serrée sur la finale. Un bien joli 2023.

Le nez participe à une belle identité avec ses notes de tabac brun, de fumée, de café et de bâton de réglisse. La bouche est très réussie et séduisante à double titre : les tanins, déjà intégrés, évitent d'emblée l'écueil de l'agressivité et le panier de fruits rouges apporte sa part de séduction.

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