(crédit photos : Collection de l'Union des Maisons de Champagne)
(crédit photos : Collection de l'Union des Maisons de Champagne)

La Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne vient d’annoncer qu’elle reportait la marche des réconciliations à l’été 2021 et le dîner de Gala de l’UNESCO au 7 novembre 2020. Cette année l’événement aura une signification particulière et entrera en résonance avec une dimension méconnue du classement.

À n’en pas douter, l’édition 2020 sera, pour reprendre les mots de Pierre Emmanuel Taittinger, un moment fort de “retrouvailles” et de “communion ” après la longue épreuve du confinement. Mais elle sera aussi l’occasion pour la “collectivité champenoise” de manifester sa “solidarité ” à l’égard de ceux qui ont risqué leur vie pour protéger leurs concitoyens. Parrainé par Jean Rottner, médecin urgentiste à Mulhouse et président de la région Grand Est, le dîner caritatif sera au profit des familles des personnels soignants victimes du Coronavirus.

Lorsque l’on évoque le classement de la Champagne à l’Unesco, on songe aux coteaux laiteux d’Aÿ, à l’abbaye d’Hautvillers, aux façades insolentes de l’Avenue de Champagne et aux crayères gallo-romaines de la butte Saint-Nicaise. Mais on oublie la partie immatérielle de ce patrimoine, plus précieuse encore, qui a fait l’originalité de cette candidature et su séduire le jury : le modèle social du champagne.

Ce n’est pas un hasard en effet si les Champenois ont tenu à intégrer parmi les éléments classés la cité HLM du Chemin vert. Initiée par le patron de la verrerie Charbonneaux, sur le modèle des cités américaines, elle a été financée dans les années 1920 par les grandes maisons de champagne rémoises. À une époque où les ouvriers, déracinés par l’exode rural, débarquaient en masse dans des villes insalubres, elle devait redonner aux travailleurs à la fois une communauté et les moyens d’une existence stable et heureuse. Les métiers des caves échappèrent longtemps à la taylorisation, il fallait du temps pour que les remueurs et les dégorgeurs acquièrent les différents coups de main. On choyait donc cette aristocratie ouvrière qui n’était pas interchangeable.

Une tradition philanthrope

Mais au-delà des préoccupations managériales, il existait aussi derrière ces politiques sociales différents courants d’idées philanthropiques. D’abord le mutualisme rhénan : n’oublions pas que beaucoup de patrons étaient d’origine germaniques. La corporation des tonneliers constituait ainsi, dès la fin du XIXe siècle, une véritable sécurité sociale avant l’heure. La Champagne a aussi été la terre de Léon Bourgeois, premier président de la Société des nations et grand penseur de la doctrine du « solidarisme » qui inspira tout le courant radical-socialiste. Enfin, le catholicisme social était très présent. Bertrand de Mun, le patron de la Maison Veuve Clicquot était le fils du célèbre député Albert de Mun, qui prêchait une doctrine corporatiste visant à réconcilier le capital et le travail, fidèle à l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII. Au lendemain de la guerre, Bertrand de Mun avait mis en place dans sa maison des œuvres sociales innovantes comme la Goutte de lait ou encore les surintendantes d’usine, premières femmes cadres supérieures, à mi-chemin entre la direction des ressources humaines et les fonctions d’assistantes sociales.

Tous ces courants de pensée se lisent encore dans les institutions qui gouvernent l’appellation. Le Comité Champagne, par exemple, qui jusqu’en 1990 ne se contentait pas de définir chaque année les rendements autorisés mais fixait aussi le prix du raisin et le répartissait entre les différents acheteurs. Au point que lorsque Robert-Jean de Vogüé accueillait Khrouchtchev en 1960, il n’hésitait pas à qualifier l’organisation interprofessionnelle de “collectiviste” ! Le dîner de Gala de l’UNESCO sera cette année l’occasion de manifester une fois de plus ces valeurs.

Réservez d’ores et déjà votre place au diner caritatif le 7 novembre 2020 en adressant un courriel sur contact@champagne-patrimoinemondial.org 1 place au tarif de 160 euros / 1 table de 10 personnes maximum au tarif de 1500 euros.

www.champagne-patrimoinemondial.org / www.sejourdesreconciliations.fr