L’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) vient d’assigner en référé l’interprofession des vins de la vallée du Rhône pour sa dernière campagne de communication. Il ne s’agit pas d’une première…

L’ANPAA récidive. Déjà au cœur d’un imbroglio avec le CIVB autour de la campagne “Portraits de Vignerons” et un an à peine après que son directeur Patrick Elineau ait soulevé la polémique pour ses propos dans la presse américaine, l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie se signale une nouvelle fois par une procédure visant le monde du vin. Elle vient en effet d’assigner en référé Inter Rhône, l’interprofession des vins de la vallée du Rhône, pour sa dernière campagne de communication, lancée il y a tout juste deux mois.

Cette campagne, articulée autour d’un visuel représentant un homme en complet gris et attaché-case, qui s’envole grâce à un ballon rouge auquel il est accroché, s’intitule “Au goût de la vie”. Un positionnement qui a fortement déplu à l’ANPAA, qui voit dans cette illustration et ce slogan “des éléments contraires à la loi Évin”, comme le rapportent nos confrères de La Vigne. L’idée est donc de la faire interdire, alors que cette campagne, appuyée sur une diffusion presse et affichage, a coûté la bagatelle de 400 000 € à l’interprofession (600 000 à 700 000 € supplémentaires devant être déployés au cours du second semestre 2015). Le tribunal de grande instance de Paris doit prononcer son jugement le 15 décembre prochain.

Évidemment, ce nouveau coup de force de l’ANPAA a soulevé l’indignation de nombreux professionnels du vin, de journalistes et de blogueurs (voir ici et ici), abasourdis par cet excès de zèle à l’encontre d’un produit qui non seulement est loin d’être le premier responsable des fléaux du “binge drinking” et des ravages de l’alcoolisme chez les jeunes, mais fait intégralement partie du patrimoine agricole, culturel, économique et gastronomique de la France.

La rédaction de “Terre de Vins” rappelle à longueur de numéros qu’elle milite pour une consommation responsable du vin, et surtout éduquée. A l’inverse d’actions contre-productives, voire néfastes comme celle intentée par l’ANPAA à l’encontre d’Inter Rhône (dont il reste à démontrer l’efficacité réelle sur les dangers de l’alcool en France, et qui peine à tirer au clair le lien, s’il existe, entre l’alcoolisme et le vin), nous croyons aux vertus de l’éducation, de l’accompagnement, notamment à l’attention des plus jeunes consommateurs.

Nous l’évoquions déjà dans notre dossier “Les Français et le vin” de notre numéro 31.

Nous le défendons avec encore plus de résolution lors de notre événement Bordeaux Tasting, qui se déroule les 13 et 14 décembre au Palais de la Bourse de Bordeaux : pas moins de treize ateliers d’initiation à la dégustation seront organisés durant ses deux jours par l’École du Vin du CIVB. Des sessions d’une heure pour apprendre à déguster, comprendre les subtilités du vin, et appréhender dans sa complexité un produit qui, loin d’être seulement un alcool, est l’expression d’un terroir, d’un savoir-faire, de traditions. Un lien entre les hommes. Avis aux lobbyistes.

Mathieu Doumenge