Dans les remparts de la cité médiévale de Carcassonne, la semaine dernière, le vent de l’Aude soufflait comme un air de Cannes. Organisé par l’association Oenovidéo, et avec le soutien logistique des Grands Chemins en Minervois, 23 films sélectionnés sur le thème de la vigne et du vin, longs et court-métrages réunis, étaient en compétition dans l’espoir de remporter les honneurs du Grand Jury.

Oenovidéo, en tant que festival itinérant, célèbre ses 20 ans cette année. « A l’époque, c’est l’équipe du forum œnologie, créatrice notamment de la Revue des Œnologues, qui avait souhaité faire rencontrer le monde du cinéma et le monde du vin, un monde créateur de magnifiques images à l’infini, afin de faire naître de nouvelles images » explique Corinne Boulbès, membre de la Revue des Œnologues, chargée d’organiser ce festival. Malgré une communication assez discrète, le festival ne cesse de grandir. « Cette année, nous avons été victimes de notre succès, puisque 124 films nous ont été envoyés et nous n’avons retenu que les 26 meilleurs. Nous recevons de plus en plus de films du continent américain, surtout des États-Unis, mais aussi venant d’Amérique du Sud : Chili, Argentine… »

Présidé par Christophe Barratier (« Les Choristes », « Faubourg 36 », « La guerre des boutons »), le grand jury de ce festival Oenovidéo 2013 a remis dimanche midi son palmarès. Pour juger les projections, aux côtés du célèbre réalisateur, on retrouvait des membres du jury à la fois des passionnés de vin comme Fabrizio Bucella, professeur à l’université de Bruxelles et chroniqueur vin hebdomadaire sur le huffingtonpost.fr, ou encore Joe O’Connell, historien et winemaker au domaine O’Vineyards, et Patrick Masbatin, sommelier parisien, mais aussi des passionnés et professionnels de l’image comme Bernard Nauer, réalisateur de fictions et documentaires, ou encore Corinne Destombes, productrice exécutive de Studio Filmages.

Parmi les films pré-sélectionnés par l’équipe d’Oenovidéo, 7 prix ont été attribués
. Gagnant du trophée spécial du jury, le film grec « Pelican’s watch », réalisé par Lea Binzer, fait état des conditions de la viticulture sur l’île de Santorin avec un ton engagé, des entretiens soignés et un esthétisme réussi.

Les meilleurs long-métrages primés ont quant à eux, mis la Chine à l’honneur. Le long-métrage signé David Roach et Warwick Ross « Red Obsession » (voir photo d’ouverture) a remporté la partie, ex-aequo avec le reportage de l’émission Strip-tease « A la poursuite de Madame Li » (réalisé par Anne-Marie Avouac et déjà diffusé sur France 3 en 2012), tous deux remettant en perspective l’engouement de la Chine pour les vins du monde entier.

Un prix du meilleur court-métrage a également été attribué par le Grand Jury à François Philippe pour ses « Vendanges d’hiver », une histoire au ton humoristique abordant une rencontre insolite entre un vigneron déprimé pensant à abandonner sa propriété et un vendangeur hors du commun qui lui propose de l’aider à ramasser ses raisins… en plein hiver ! Une façon de raconter sur un format court, les difficultés de transmission d’une terre, la solitude du vigneron, mais également l’incroyable pouvoir de partage que possède le vin.

Un autre court-métrage, « La Fleur » réalisé par le jeune Mathieu Charrière (photo ci-dessus), a remporté le prix du public. L’histoire d’un jeune français, qui lors d’une dégustation dans un club œnologique à Berlin, rencontre une jeune femme autour d’un verre de La Fleur 1982, le célèbre grand cru de Pomerol. Il possède une bouteille de 1979 chez lui et souhaite après quelques hésitations, lui faire découvrir. Il se demande s’il ne va pas le regretter… « Je suis allé dans une école berlinoise autogérée de cinéma, et l’idée de faire des films où le vin avait un rôle prépondérant m’est venu en ayant le mal du pays. J’ai décidé d’en parler à travers mon œil de réalisateur », nous livre le jeune cinéaste. Un film « à moins de 1000 € », comme il dit avec le sourire, un scénario original, pour lequel Mathieu Charrière espère obtenir l’adhésion d’autres festivals. Il présentera un nouveau court-métrage l’année prochaine, emballé par l’expérience.

Toutes les bandes-annonces et extraits des films primés sont visibles en suivant ce lien.

En dehors des projections, une centaine de « Terroirs d’images » étaient exposés dans les enceintes de Carcassonne (voir ci-dessous), soit une sélection de photographies tirées en grand format et exposées au sein des remparts médiévaux, retranscrivant des moments partagés avec le vin, images empruntes de poésies et chargées en anecdotes. Tout comme la bouteille que l’on a aimé déguster, et dont on se souviendra pendant longtemps… Résultats du palmarès à venir.

Laure Goy