Photo (DR) : Eric Remus rêve de voir une cuvée porter vraiment le titre de son livre.
Photo (DR) : Eric Remus rêve de voir une cuvée porter vraiment le titre de son livre.

Eric Remus, à l’origine de la création du château Edmus en Saint-Emilion en 2007, signe un roman sans temps mort où l’humain se révèle dans ce qu’il a de plus remarquable comme de plus ignoble. A lire sans modération.

Sous le titre « Irouléguy mon amour, itinéraire d’un sommelier » (1), Eric Remus signe son deuxième roman. Issu du monde de la banque puis du courtage en assurance, il a également à son actif un vécu de copropriétaire de domaine viticole dans le bordelais, le château Edmus.
Des douze années passées au chevet d’une exploitation totalement relancée, des rencontres qui ont émaillé cette tranche de vie et de la curiosité qui n’a cessé de le guider, il a nourri sa passion pour l’écriture. Le résultat est là, un récit passionnant, haletant parfois et qui attache le lecteur à l’histoire de Victor Soubéran, le héros. « C’est un thriller, dans le sens d’intrigue mais ce n’est pas pour autant un polar », reconnaît-il.
Si le roman débute sur la côte thaïlandaise le jour du dramatique tsunami de 2004 dont Victor est l’un des rescapés, la base de l’histoire remonte quelques années plus tôt, le jour où, étudiant en sommellerie, il remporte la finale d’un concours professionnel sponsorisé par une marque. Un succès qui ne lui était pas destiné ! Le père d’un autre candidat avait pipé les dés pour favoriser sa progéniture. De cet échec va naître un désir de vengeance alimenté par de multiples coups bas…
Pas question d’en dire plus sur ce livre qui se s’apprécie sans modération au fil de pages rythmées par quelques commentaires de dégustation de vins marquant certaines étapes de la vie du personnage central.

Le sommelier, un interprète

Mais au fait, pourquoi un sommelier au centre du récit ? « Deux choses se sont très vite imposées à moi. D’abord le titre ‘Irouléguy mon amour’ pour la musique des mots qui rappelle celle de Hiroshima mon amour et qui est également le nom d’une cuvée imaginaire, marqueur important du récit. Ensuite je trouvais intéressant que l’intrigue naisse au terme d’un concours de sommellerie. Le sommelier, un peu comme cela arrive souvent dans la chanson, n’est pas le compositeur. Mais il est l’interprète du travail du vigneron et c’est au moins tout aussi important. Je l’ai compris en tant que client de restaurants et plus encore lorsque j’ai entrepris de commercialiser la production de château Edmus, notre Saint-Emilion grand cru », explique Eric Remus.
Et si du monde du vin il a beaucoup appris aux côtés de Stéphane Derenoncourt et de l’équipe de Banton-Lauret qui l’ont accompagné pendant plus d’une décennie, pour la sommellerie il a effectué de nombreuses recherches.

Certains se reconnaîtront !

« Le livre de Paolo Basso qui raconte tout le travail nécessaire pour devenir Meilleur sommelier du monde m’a apporté beaucoup d’informations. De celui d’Eric Beaumard, ‘Les vins de ma vie’, j’ai apprécié les commentaires sur certains vins de Bourgogne. J’ai recherché des articles, visionné des image de concours. J’ai trouvé amusant d’utiliser de petits éléments glanés ici ou là. » Des anecdotes surtout qui donnent une dimension bien réelle à la trame et permettront sans doute à bien des acteurs de la sommellerie française de ces vingt-cinq dernières années de se reconnaître sous des noms à peine modifiés.
« Le principal écueil de ce livre était de le rendre fastidieux en abordant de manière trop professionnelle la partie ayant pour décor la vigne et son travail. Cela risquait de faire perdre son dynamisme à l’histoire », ajoute l’auteur. Il y est parvenu sans difficulté.
Quant à savoir si les vignerons d’Irouléguy apprécient de voir le nom de leur appellation en couverture d’un roman, il semble que oui ! « J’avais sollicité leur accord à l’automne. Pour les en remercier je viens de passer quelques jours au pays basque. Pour remettre quelques exemplaires dédicacés à Sébastien Clauzel, le président du syndicat d’appellation, et rencontrer aussi des librairies même s’il ne s’agit pas d’un roman régional… »

(1) « Irouléguy mon amour, itinéraire d’un sommelier », éditions Persée, 19,90 €. Le livre vient de recevoir un prix spécial de la part du Gourmand Cookbook Awards.