La Percée du Vin jaune s’est tenue pour la troisième fois ce week-end à Poligny (où avait été organisée la première édition en 1997 et celle de 2010). La 22e édition parrainée par Vincent Ferniot s’est déroulée avec un peu de pluie et de neige dans la capitale du comté.

Fonctionnant depuis 2018 sur un système de préventes de billets selon le nombre de vignerons participants, La Percée du Vin Jaune 2019 a accueilli près de 30 000 visiteurs pour 54 caveaux. Les organisateurs avaient redynamisé le concours de cuisine jusque-là réservé aux professionnels et aux élèves en restauration en l’ouvrant aux amateurs et pour la première fois, des vignerons autres que jurassiens avaient été invités dans le prolongement du symposium sur les vins de voile.

L’occasion donc pour les visiteurs de découvrir les vins de la région de Jerez de la Fontera au sud-ouest de l’Espagne. Ces vins espagnols ont beaucoup de points commun avec les vins jaunes jurassiens. Ce sont aussi des vins de voile mais si les xérès se développent dans des barriques (botas) non fermées et pas entièrement remplies tels les finos et les manzanillas, ils sont d’abord fortifiés à l’eau de vie. Les amontillados en revanche sont des vins au voile amoindri ou qui a disparu avec le temps. « Les vins du Jura offrent de grandes acidités mais ceux de Xérès avec des acidités plus basses donnent une impression de fraîcheur, commente par le master of wine Pedro Ballesteros. En France, le pouvoir est aux vignerons avec une classification basée sur le vignoble tandis qu’en Espagne, il est aux vinificateurs qui doivent se démarquer par leurs style avec une appellation unique et c’est le temps d’élevage sous voile qui différencie une manzanilla d’un fino ». Le xérès est le plus souvent à base du cépage palomino, en général en assemblage de plusieurs millésimes en solera ; le savagnin est l’unique cépage du vin jaune qui doit passer 6 ans et trois mois sous voile pour prétendre à la dénomination, possible dans 5 AOP (Côtes-du-Jura, Château-Chalon, L’Étoile, Arbois et Arbois-Pupillin) avant d’être embouteillé en clavelin de 62 cl. Le concours du clavelinage récompense les meilleurs vins jaunes dégustés lors de la Percée.

Intronisations et enchères

Lors du banquet des vignerons du vendredi soir, quelques personnalités ont été intronisées, l’adjointe au maire de Poligny Christelle Morbois, le journaliste Antonio Mafra, Patrick Ayache, vice-president du conseil régional de Bourgogne Franche-Comté notamment en charge du tourisme et la famille Rollet représenté par Pierre. L’occasion de rendre un bel hommage à Eliane Rollet disparu en décembre dernier et présente avec son dynamisme et son sourire depuis la première édition de La Percée.

Le samedi pour la vente aux enchères étaient proposés dans La Chapelle de Poligny 250 millésimes anciens de vins et d’eaux de vie dont 120 jaunes avec 4 bouteilles du 19e siècle et un Artois de 1774. La bouteille en verre soufflé de 87 cl contenant du vin jaune produit par Anatoile Vercel, vigneron arboisien a passé une quinzaine d’années en tonneaux avant d’être mis en bouteilles sous la Révolution française. Son fils Jean-Claude, vigneron et député du Jura, avait partagé le lot entre ses deux fils Altin et Jules, amis proche d’un dénommé Louis Pasteur. Le lot d’Altin est resté dans une cave voûtée arboisienne pendant huit générations mais Louis Pasteur et le président Alexandre Millerand eurent la chance d’en déguster une bouteille. L’exemplaire vendu à Poligny n’a finalement pas trouvé preneur (la dernière mise en vente en mai dernier était parti à plus de 103 000 €) mais pourrait être remis en vente l’an prochain

« Du vin jaune coule dans mes veines »

Dimanche le parrain de cette édition, le journaliste gastronomique Vincent Ferniot, déjà Chevalier des Nobles Vins du Jura et du Comté, a mis en perce le tonneau de vin jaune 2012 avec l’aide du président de la Percée, Philippe Noir (Domaine de la Petite Marne) qui a rappelé que « ce millésime était issu d’une année très froide avec des gelées dans le vignoble avant un été cahotique ». Vincent Ferniot, originaire de Franche-Comté, a rendu hommage à son père Jean qui lui avait légué quelques bouteilles de vin jaune château-châlon 1956 qu’il conserve précieusement et qui lui avait appris très tôt à aimer le vin jaune. « Je pense même qu’un peu de vin jaune coule dans mes veines et son goût peuple mes souvenirs mais il faut reconnaître que le vin jaune est difficile à appréhender pour ceux qui n’ont pas été élevés avec, c’est son plus grand écueil. Mais c’est un vin merveilleux et identitaire qui dit d’où on vient à une époque où l’on ne sait pas toujours qui on est ». Et de citer Michel Chapoutier : “le travail du vigneron est d’interrompre avec talent le cycle naturel qui va du moût de raisin au vinaigre”…

Clavelinage 2019

Côtes du Jura :
Fruitière Vinicole de Voiteur 2011
Maison du Vigneron 2011 et 2012
Domaine de Savagny 2012
Domaine Badoz 2011 et 2012
Caveau des Jacobins Lot43 2012
André Bonnot 2012

Arbois :
Domaine Rolet 2011 et 2009
Domaine Jean-Louis Tissot 2011
Domaine Jacques Tissot 2012

Château-Chalon :
Domaine Berthet-Bondet 2011
Maison du Vigneron 2011 et 2012
Domaine de Savagny 2012

Photos J. Genee et F. Hermine