Après une année de suspension, la 21ème édition de la Percée du vin jaune présidée par Alexandre Vandelle et parrainée par Karl Zéro s’est déroulée le week-end dernier à L’Étoile avec une nouvelle organisation.

Le principal changement de la Percée 2018 résidait dans l’achat des billets en prévente pour limiter le nombre de participants à 25 000 entrées (le record avait dépassé les 50 000 à Arbois, Salins-les-Bains et Lons-le-Saunier). Ils ont finalement été près de 15 000 visiteurs à arpenter les rues du village ce qui a facilité l’organisation et la circulation. Autre nouveauté en préambule de l’événement, un symposium réservé aux professionnels sur les vins de voile (avec une dizaine de producteurs de Jerez et manzanillas d’Espagne et Samuel Tinon de Tokay en Hongrie). La nouvelle Percée, présidée par Alexandre Vandelle (Château de l’Étoile), a donc mis en lumière le dernier millésime de vin jaune, le 2011, (seulement 4,5% des volumes jurassiens) mais également les crémants (aujourd’hui une bouteille sur quatre), les rouges et les blancs, Floraux et Tradition, notamment lors d’ateliers-découvertes. Étaient toujours au programme le concours de cuisine (cette année le ris de veau à l’honneur), le concours de sommellerie, celui du clavelinage pour élire les meilleurs vins jaunes du Jura (voir liste ci-dessous), les portes ouvertes dans près d’une cinquantaine de caveaux, la vente aux enchères de vieux millésimes et la mise en perce du dimanche matin avec pour parrain l’animateur et journaliste Karl Zéro qui jouait à domicile.

Bientôt une cuvée Karl Zéro

« Ici, c’est mon village, j’ai grandi à L’Étoile et je suis vraiment fier d’être le parrain de cette Percée, avouait Marc Tellenne, alias Karl Zéro. J’y reviens régulièrement quand j’ai besoin de m’isoler pour réfléchir à des projets, chercher des idées. C’est calme ici et ça m’inspire ». Le quinquagénaire toujours aussi pétillant et qui a prôné avec humour un retour à l’indépendance d’avant le traité de Nimègue en 1678, avoue un faible pour les vins du Jura « surtout le vin jaune qui se mérite et dont il ne faut pas adapter le goût pour plaire au grand public ». Il est resté en contact notamment avec Nicole Dériaux du château Montbourgeau, également présidente de l’appellation et qui lui avait demandé de parrainer l’événement. L’animateur devrait récupérer dans un futur proche « un terrain à vaches qui avait été confié à un lycée agricole et j’aimerais bien y planter du savagnin, ne serait-ce que pour avoir une cuvée de vin jaune Karl Zéro ».

Une appellation qui perd des hectares

L’appellation L’Étoile, l’une des plus prestigieuses du Jura, est regroupée autour du village du même nom à quelques pieds de vigne de Lons-le-Saunier. Elle compte une soixantaine d’hectares et une vingtaine de vignerons mais à peine une demi-douzaine sont viticulteurs (Château de l’Étoile d’Alexandre Vandelle, les domaines Philippe Vandelle, Geneletti, Montbourgeau, le château de Persanges en mal de repreneur…) « C’est hélas un vignoble vieillissant qui perd des hectares chaque année, regrette Alexandre Vandelle. Il y en avait 360 à la fin de la première guerre mondiale, 180 après la deuxième ». L’appellation doit son joli nom aux cinq monts qui l’entourent comme les branches d’une étoile mais également aux nombreuses pentacrines, fossiles de la même forme, que l’on retrouve dans les marnes argilo-calcaires.

“L’appellation produit uniquement des blancs, en majorité tradition, mais nous produisons aussi de plus en plus de crémants, constate Nicole Dériaux. Le chardonnay appelé dans la région gamay blanc, représente près de 90% de l’encépagement ; le cépage historique de l’Étoile donne des vins particulièrement élégants avec une forte typicité, plus oxydative, une belle minéralité et des arômes de pierre à fusil et de noisette”. Les jaunes, uniquement à base de savagnin, se développent sur des arômes de pâte de coing et de noix, sans oublier une production confidentielle de vins de paille sur des notes de fruits exotiques, d’oranges confites et de coing.

La nouvelle édition déjà en chantier

La Percée a fait le plein cette année et redevient donc annuelle. L’édition 2019 qui se tiendra à Poligny « maintiendra les contingentements à environ 600 visiteurs par producteurs présents pour garder la fluidité dans les caveaux et permettre les échanges, conclut Alexandre Vandelle ». La 22ème édition qui sera présidée par Philippe Noir du Domaine de la Petite Marne devrait donc avoisiner à nouveau les 50 000 entrées. Quant au symposium, il devrait être renouvelé « mais on ne sait pas encore sous quelle forme, notamment si on l’élargit à d’autres appellations y compris non AOC comme les vins de voile de la région gaillacoise ». Les échanges avec les producteurs de vins de voile pourraient également être déconnectés de la Percée et être délocalisés régulièrement dans d’autres régions comme celle du Jerez ou du Tokay.

Vins clavelinés :

L’Étoile 2010 du Domaine Philippe Vandelle
Côtes-du-Jura 2010 de Xavier Reverchon
Côtes-du-Jura 2010 du Domaine Cartaux-Bourgaud
Côtes-du-Jura 2011 de la Fruitière d’Arbois
Côtes-du-Jura 2011 du Domaine Grand
Côtes-du-Jura 2011 du Domaine de la Petite Marne
Côtes-du-Jura 2011 du Domaine de Savagny
Arbois 2010 du Domaine Rolet
Arbois 2010 du Domaine Jean-Louis Tissot
Arbois 2011 de la Fruitière Vinicole d’Arbois
Château-Chalon 2009 de Philippe Butin
Château-Chalon 2010 du Domaine Frédéric Lambert
Château-Chalon 2011 du Domaine de Lahaye-Guillaume Tissot
Château-Chalon 2011 de la Fruitière Vinicole de Voiteur

(Photos F. Hermine)