(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Eric de Saint Victor, propriétaire du château de Pibarnon à Bandol, a profité de la présentation de ses derniers millésimes pour commenter une jolie verticale de ses vins rouges en mourvèdre majeur. Le cépage représente 90% du domaine certifié en bio depuis 2006 et travaillé avec des principes de biodynamie depuis 2016.

« Le mourvèdre a besoin d’élevage mais surtout de liberté », estime Eric de Saint Victor qui sait de quoi il parle puisqu’il recherche depuis plus de 10 ans « la précision et la neutralité du contenant pour respecter tout en affinant ce cépage sans trop le transformer ». A la vigne, Pibarnon commence à gagner en vibrations et en précision et à ressentir les effets de principes biodynamiques lancés à partir de 2016. Une initiative due à Eric Schladenhaufen, transfuge interne à Bandol, qui vient de la Bastide Blanche, et qui a succédé à Louis Audibert, maître de chai du domaine pendant 40 ans. « Nous sommes plus dans un état d’esprit général et une exacerbation de l’observation de chaque pied de vigne que dans une méthode » souligne Eric de Saint Victor. L’équipe de Pibarnon utilise tisanes et huiles essentielles, a planté des herbes aromatiques, travaille les sols déjà depuis le passage en bio en 2004 (certifié en 2006) mais n’a pas opté à ce jour pour la certification en biodynamie car « nous sommes toujours en phase d’observation. Nous apprenons aussi à ne pas agir comme en 2018 où nous avons arrêté le cuivre en juin, estimant que le mourvèdre pouvait résister par lui-même. Il est vrai que la biodynamie, c’est un peu du paganisme mais ça fonctionne ». Eric de Saint Victor estime que le terroir est transmissible, pas toujours le talent des hommes, mais il sait exactement ce qu’il attend de ses vins : la fraîcheur, la longueur, la précision des tanins, la qualité des étoffes sur la puissance du mourvèdre (90% de l’encépagement des 25 hectares). « Le mourvèdre apparaît souvent comme un footballeur américain mais il n’est pas que ça ; il peut impressionner par ses gros muscles mais il peut aussi se développer en finesse ».

Nous avons dégusté :

Château Pibarnon blanc 2020 (27€) : 55% clairette avec du bourboulenc et de la marsanne. Floral sur les fleurs blanches, des zestes d’agrumes, une note de miel et de fenouil.

Château Pibarnon rosé 2020 (21€) :
Deux tiers mourvèdre, un tiers cinsault. Des épices douces, des fruits rouges (groseille), minéral et fruité, plus frais mais moins concentré que le 2019, floral et souple avant une finale sapide

Château Pibarnon rouge 2018 : (90% mourvèdre associé au grenache). Très fruité sur les fruits rouges (cerise, kirsch), quelques épices, une note de garrigue, des tanins enrobés, une belle longueur

Château Pibarnon rouge 2017 (35€) : Un millésime très chaud. Des notes de bois brulé, de fruits noirs (griottes, kirsch), de réglisse, d’épices, poivré, des tanins soyeux au grain fin, ample et aérien.

Château Pibarnon rouge 2016 :
La première année en biodynamie. Un bel équilibre sur des arômes de clafoutis aux cerises, de framboise, réglisse, pruneaux, une pointe de sucrosité et des tanins enrobés. Dense et profond.

Château Pibarnon rouge 2013 :
Un millesime difficile et pluvieux, le dernier vendangé en octobre. Des arômes de fruits noirs, de réglisse, tapenade, quelques notes de cuir et fumé, des tanins encore serrés et une belle allonge

Château Pibarnon rouge 2011 : Fruité et souple sur des arômes de cerise noire et mûre, de réglisse, fondu sur des tanins que l’on retrouve en finale. Un millésime solaire vinifié en grande partie en vendanges entières. (« après dix ans, mieux vaut carafer les vins; ça les nettoie »).

Château Pibarnon rouge 2010 :
Des arômes de fruits noirs, d’olive noire, de ronce sur des tanins enrobés mais une trame encore serrée sur la rondeur. Un millésime facile pour le vigneron.

Château Pibarnon rouge 2008 : Très aromatique sur des fruits à noyau confiturés, des olives, des épices douces, des arômes de maquis et une note de caramel au beurre salé.

Château Pibarnon 2004 : Torréfié et soyeux sur des arômes de fruits noirs, de poivre et de kirsch, dense et marqué davantage par l’empreinte de l’élevage avant une finale saline.