Pour commémorer le centenaire de la Prohibition, Piper-Heidsieck lance une bouteille en édition limitée avec un habillage spécial, et nous raconte une histoire palpitante.

Benoît Collard, directeur de Piper-Heidsieck, a retrouvé parmi ses archives une photographie étonnante des années 1920 où on peut voir dans le port de Saint-Pierre-et-Miquelon des marins déchargeant des caisses de la marque à destination des États-Unis. À croire que les morutiers pendant la Prohibition ne transportaient pas que du poisson ! Pour faire revivre cette épopée, Piper-Heidsieck a réalisé une vidéo retraçant l’itinéraire d’une bouteille depuis ses caves jusqu’aux “Speak Easy”. Elle a aussi reconstitué l’habillage d’une bouteille de l’époque, proposée en édition limitée dans un étui reproduisant la fameuse photographie.

Ce clin d’œil nous replonge dans un univers oublié, où le champagne devenu un fruit défendu se paraît de mille attraits. Il faut dire que sur une trentaine de millions de bouteilles, la Champagne en expédiait à la veille de 1914, quatre millions sur le marché américain. Les Maisons ne pouvaient admettre une telle perte et n’ont pas tardé à prendre les choses en main. Un comité secret présidé par Marcel Heidsieck organisait pour toute la profession les contacts avec les contrebandiers. Ce “pool” avait une cheville ouvrière, un certain “Carillo”, agent exclusif des maisons à Saint-Pierre et Miquelon et pour “The high seas”.

L’administration américaine, lorsque la Prohibition fut abrogée, n’oublia pas cette complicité. Le champagne fut alors le vin le plus taxé… Quant aux négociants, ils eurent toutes les peines du monde à se défaire de leurs anciens partenaires mafieux. Carillo en particulier employa ses anciennes factures pour se présenter comme le nouvel agent exclusif des maisons aux États-Unis. On lui proposa de restituer ces documents compromettants en échange de l’agence d’une marque qui souhaitait le recruter.

S’il y eut des transactions, les réactions des bootleggers d’un seul coup abandonnés par les Maisons furent parfois violentes. Une coupure de presse témoigne : “Les principaux gangsters ont formé la Dispenser’s Union qui groupe 20.000 bootleggers décidés à recourir à l’action pour conserver le monopole de leurs affaires. Les statuts de cet important groupement renferment cet article fondamental : Servir au client de la bière d’une marque non approuvée par les gangsters équivaut à un ‘suicide’.”

Les négociants sont conscients de perdre un réseau de distribution rodé avec des moyens logistiques considérables. Mais l’Association des hôteliers de New York a fait savoir que ses adhérents, rackettés pendants 13 ans, ne se laisseraient pas intimider et ne toléreraient “aucun rapport avec quiconque aura touché au Commerce des Liqueurs durant la Prohibition.” Le cas de Carillo est ainsi exceptionnel, et la plupart des Maisons refusèrent de permettre aux anciens bootleggers de poursuivre leur activité de manière légale en devenant leurs nouveaux agents officiels.

La bouteille spéciale prohibition de Piper-Heidsieck sera disponible aux Galeries Lafayette Champs-Élysées à partir de Décembre 2020. Prix recommandé : 29,90 €.