Ci-dessus : Nathalie Delattre.
Ci-dessus : Nathalie Delattre.

Depuis plus de vingt ans, l’ANEV, Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin, se mobilise pour valoriser et défendre les territoires viticoles. Elle regroupe plusieurs centaines d’adhérents, dont une grande majorité de communes et d’intercommunalités viticoles, ainsi qu’une centaine de parlementaires. Leurs co-présidents, Nathalie Delattre et Philippe Huppé ont présenté au gouvernement un bouquet de mesures urgentes pour soutenir la filière. Nathalie Delattre, vigneronne et sénatrice de la Gironde, a répondu aux questions de Terre de Vins.

Comment vous situez-vous à la présidence de l’ANEV, Association nationale des élus de la vigne et du vin ?
Je suis arrivée il y a deux ans et demi, pour remplacer François Patriat, sénateur de la Côte d’Or, autre département hautement viticole. Des élus de terroirs viticoles il y a en beaucoup, mais des professionnels directement engagés dans la filière, eux-mêmes vignerons, il y en a peu. Pourtant dans les discussions, c’est utile d’être des vrais pros, on a plus de répondant, on peut être précis sur des questions techniques comme le soufre ou le TO-DE.

Justement à propos du TO-DE, est-ce une priorité ?
Le TO-DE, c’est le dispositif d’exonération des cotisations sociales sur l’emploi des travailleurs saisonniers en agriculture. Nous l’avons obtenu en 2018 et 2019, il faut qu’il soit pérennisé. Il constitue une incitation à faire appel à la main d’œuvre locale pour les travaux de la vigne, tout en permettant aux exploitations de rester compétitives sur le long terme.

Mais n’avez-vous pas besoin aussi de main d’œuvre étrangère ?
Si, c’est une urgence, la pénurie de main d’œuvre risque d’être dramatique dans les semaines et même les jours qui viennent. Nous arrivons en période d’épamprage, un geste technique qui nécessite une main d’œuvre qualifiée, qui est pour le moment interdite d’entrée en France. C’est pourquoi nous souhaitons que L’État autorise l’entrée sur son territoire des travailleurs communautaires, en la conditionnant aux règles sanitaires françaises et en conformité avec les directives européennes sur la circulation des travailleur saisonniers dans l’Union. C’est maintenant qu’il est le plus rationnel de réduire le volume de la vendange, en pratiquant une vendange verte.

Que faut-il d’autre que l’aide à la vendange verte ?
Il faut qu’on puisse gérer les stocks, car les chais sont pleins. Il est nécessaire de dégager des fonds afin d’envoyer en distillerie au moins 3 millions d’hectolitres de vin français. On n’a jamais fait cela, mais là, une distillation de crise est indispensable. On veut toutefois en négocier les prix, qu’ils soient encadrés. L’État doit en prendre la responsabilité en attendant l’Europe, qui refuse pour l’instant tout financement.

Quelle est votre demande la plus pressante ?
Tout est urgent, mais le besoin de trésorerie est majeur. Il ne suffit pas de reporter, nous demandons l’exonération des charges sociales des salariés et des exploitants agricoles. En effet, oui, on a conservé notre activité, mais seulement dans les vignes, pas en ventes. Pourtant, on a payé notre personnel, on ne l’a pas mis au chômage partiel. On n’a pas coûté un centime à la communauté. Mais là on a vraiment besoin de la solidarité nationale. Nos réserves ne peuvent pas suffire.

Et pour repartir ?
Avant le Covid-19, nous voulions demander un Grenelle de la viticulture. Nous avions déjà à répondre au défi environnemental, aux incertitudes du Brexit et du marché asiatique lorsque la taxe Trump de 25% sur les importations de vins français aux Etats-Unis nous est tombée dessus en Octobre. Un coup dur pour les 6 000 entreprise exportatrices. L’ANEV demande la mise en place d’un fonds de compensation au niveau national en l’absence d’une décision européenne. Cette demande est soutenue par presque 600 collectivités locales représentant plus de 1 000 communes viticoles. L’ANEV souhaite aussi faire de l’œnotourisme un axe prioritaire du Plan de relance du secteur touristique.

Des représentants de l’AGPV, Association Générale de la Production Viticole, qui regroupe les associations professionnelles de la filière, avaient rendez-vous le mercredi 6 mai avec Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics et Didier Guillaume, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, pour un cadrage du plan d’aide chiffré à 500 M€. La rencontre a été reportée au lundi le 11 mai.