(photo JMB)
(photo JMB)

Au sein de l’appellation Pomerol, gros plan sur une petite propriété méconnue, couvrant seulement 7 hectares et totalement relancée il y a huit ans… Histoire de la Création.

Dans la famille Nony, on aurait pu demander l’un des frères, Damien ou Jean-Antoine. Troisième génération d’une famille propriétaire à Saint-Émilion depuis 1934, les deux compères veillent à faire vivre un très bel héritage familial, avec comme fleuron le château Grand Mayne, grand cru classé de Saint Emilion. Mais dans la famille Nony, demandons plutôt Yseult, l’épouse de Jean-Antoine. Également dépositaire d’un patrimoine familial (châteaux Grand Corbin Manuel, Sainte-Barbe…), elle met toute son énergie à le faire vivre et surtout à le faire grandir. C’est ainsi qu’elle rachète avec sa famille en 2012 une propriété de Pomerol au nom assez passe-partout, le château Tour Robert. 7 hectares où tout était à imaginer. Comme souvent, il a fallu revoir le patrimoine végétal. Le merlot logiquement ultra majoritaire va alors être en partie arraché, tout comme le cabernet sauvignon. Place à davantage de cabernet-franc dont la proportion ne va cesser de croître. De 15% en 2012, il va représenter 46% en 2016 et a même atteint aujourd’hui 55%. De quoi faire dire à Yseult que « [nous] sommes certainement le Pomerol qui comporte le plus de cabernet franc ». De là ressort évidemment une typicité toute particulière.

Un baptême inattendu

Dès le départ, il a fallu retrouver un nom qui puisse s’inscrire dans la tradition de Pomerol et incarner la nouvelle ère qui s’ouvrait sur la propriété. Près de la moitié des propriétés font référence dans l’appellation à la Bible, alors Yseult et sa famille vont éplucher le texte sacré pendant près d’un an et demi. En quête de la perle rare. La Trinité ? Déjà pris. Les « Croix… », trop nombreuses. Difficile de trouver un nom évocateur qui puisse se prononcer de manière identique en français et en anglais. C’est là qu’intervient la grand-mère d’Yseult. Lui ayant fait part des difficultés à nommer le nouveau domaine, elle va établir une liste. Tout en bas, un nom, la Création. Eurêka ! « En 1h30, ma grand-mère avait trouvé la solution ! », confie non sans émotion Yseult. Il ne restait plus ainsi qu’à écrire l’histoire de ce vin. Et en quelques millésimes, sa définition apparaît. D’une belle souplesse de fruits en 2012 (35€), il a gagné en nervosité, acquérant en l’espace de quelques millésimes une sève nouvelle. Le 2016 (38€) est doté d’une texture dense et profonde, avec une épaisseur finale qui a de quoi surprendre. Mais les tannins demeurent élégants et l’on a qu’une envie, celle de laisser quelques années au vin pour qu’il puisse sortir totalement de sa chrysalide. Et les millésimes récents qui s’annoncent de très belle qualité ne devraient faire que confirmer la tendance. « Et un nouveau Pomerol fut… »