Jeudi 8 Octobre 2026
Éric Monneret, directeur général des domaines bordelais de Generali France ©DR
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08.10.2026
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La crise continue de secouer le vignoble bordelais et des vignobles changent de mains, comme le Château Gombaude-Guillot à Pomerol. Cette propriété rejoint le portefeuille de la compagnie d’assurance Generali France, déjà propriétaire du Château La Pointe à Pomerol et du Château Croque Michotte à Saint-Émilion. En difficulté financière, en sus d’être en bisbille avec le syndicat au sujet de la marque Pom’n’roll, la famille Techer se sépare donc de son domaine. Éric Monneret, l’ingénieur agronome de formation à la direction générale des domaines bordelais de Generali, révèle à Terre de Vins les ressorts de cette acquisition.
Cette acquisition montre un acte de confiance en la filière vin et en les gens qui le font. Malgré un contexte de crise et de défiance, nous continuons d’avancer. Les actionnaires en sont convaincus, les équipes dans les châteaux aussi. Après La Pointe et Croque Michotte, c’est un troisième paragraphe, un nouveau terroir à explorer ; les trois châteaux sont dans un périmètre de sept minutes en tracteur. Nous n’étions pas en chasse, ce dossier est venu à nous et il n’était pas question de manquer cette opportunité.
Vingt ans c’est une génération, cela montre que nos investissements durent, nous travaillons sur le long terme avec Generali France. J’étais avec ce groupe à l’époque de l’achat de La Pointe, ça veut dire quelque chose, on nous fait confiance et j’ai la chance d’avoir constitué une équipe de passionnés. On fait trop de dualité entre les familles et les groupes. Nous sommes autant engagés que des familles. L’important est la compréhension des vignobles.
Oui, c’est un terroir exceptionnel d’où l’idée de ne pas passer à côté. Avec Generali France, l’objectif n’est pas d’acheter des étiquettes iconiques mais de révéler des terroirs, je suis agronome de formation, c’est le terroir qui me passionne. Nous avons une vision patrimoniale. Le long terme, toujours.
Par respect pour les vendeurs, je n’ai rien à communiquer là-dessus, et il ne faut pas réduire ça à un plan financier, il faut voir que des investisseurs continuent de penser qu’il y a du patrimoine à préserver. Et les actionnaires partagent cette vision rurale.
Je ne fais pas partie des gens qui arrivent, qui fanfaronnent et qui décrètent. Nous avons récupéré les clefs il y a quatre mois, nous sommes en phase d’observation, nous n’avons pas de recettes toutes faites, le but est d’exprimer la singularité du cru. Je suis pragmatique dans l’approche agroécologique, je ne sais pas si nous allons rester en bio, ce qui m’intéresse c’est la vie des sols, la biodiversité, on travaille comme cela à La Pointe et à Croque Michotte, nous sommes membres de la CEC, la Convention des Entreprises pour le Climat, Cheval Blanc y a fait une session, Petrus aussi… Bref, nous travaillons sur des feuilles route régénératrices. Pour cela, je m’appuie aussi sur mon directeur technique Pierre Candelier.
C’est en réflexion. Nous ne savons pas encore ce que nous allons faire, nous allons sans doute consulter les vendeurs sur ce sujet.
On peut regretter qu’un nombre croissant de familles « seules » ne puissent pas s’adapter aux deux évolutions majeures qui secouent Bordeaux : le changement climatique, qui requiert d’adapter les pratiques culturales, et l’évolution du contexte commercial. Mais il faut aussi se réjouir que des propriétés puissent perdurer grâce à des soutiens extérieurs – comme Generali France. Il en va aussi de l’avenir toute une filière de métiers, d’hommes et de femmes qui incarnent la ruralité vigneronne d’aujourd’hui et de demain. Dans ce contexte particulier, nous avons du temps pour voir comment on gère cette mutation commerciale. Le plus important reste la qualité du terroir et des vins.

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