(photo : JB Nadeau)
(photo : JB Nadeau)

Le laboratoire OenoTeam est en train d’impulser une vraie révolution de style sur la rive droite en incitant les vignerons à récolter plus tôt. Cette recherche de fraîcheur et de tension est-elle le nouveau Graal des Bordelais ? La réponse de l’œnologue-consultant.

« En réalité, ce n’est pas tellement une question de “plus tôt” mais de “plus mesuré”, rectifie d’emblée Thomas Duclos. Je m’explique, en prenant deux exemples dont tout le monde parle en matière d’évolution de style, poursuit-il. En 2018, à Troplong Mondot, on a commencé les merlots le 7 septembre et fini le 10 octobre. Pareil à Beau-Séjour Bécot, on a débuté le 12 septembre et fini le 10 octobre. Je pense que la différence majeure n’est pas sur la date de récolte mais sur la notion d’identité des parcelles. On n’essaie pas d’atteindre un optimum ou une énorme maturité sur tous les secteurs, mais d’exacerber l’identité de chaque parcelle. On vendangera plus tôt une parcelle qui doit jouer la carte de la fraîcheur du fait de son terroir, et on attendra un peu plus une parcelle que l’on veut sur la profondeur. Le concept c’est de réfléchir l’identité et l’expression de la propriété dès la date de ramassage, en anticipant déjà la notion d’assemblage, détaille-t-il. Si je fais un parallèle, en peinture, certains décident de peindre avec du noir et du blanc, d’autres avec une palette de couleurs folle. Nous on est plutôt dans ce 2e cas. On est dans la culture de la différenciation. Ce style bien précis et cette meilleure expression du terroir, c’est la marque de fabrique d’Oenoteam.

« Cette culture de la maturité un peu fraîche fonctionne pour tous les fruits. Je prends toujours le parallèle avec les abricots, en comparant les grands abricots de la vallée du Rhône et ceux du sud de l’Espagne. Si on les mange bien juteux, on fait clairement une énorme différence entre le fruité, le juteux, la précision, la complexité de l’abricot du Rhône, et l’espagnol qui est sous perfusion et n’a pas goût de grand-chose. Par contre, plus on les ramasse tard ou on les laisse attendre dans la corbeille à fruits, plus les deux vont se rapprocher et s’homogénéiser. De même avec les raisins, notre façon de procéder donne des vins juteux, faits pour être bus à table. Cela n’est en rien péjoratif et n’en fait pas pour autant des vins simples. C’est même l’inverse, ça en fait pour moi des vins plus complexes. Je rappelle régulièrement que le vin est une boisson, il est fait pour être bu. Le but ultime, ce ne sont pas les primeurs ou la note, mais que la bouteille soit consommée, et ça, certains l’oublient parfois ! » réaffirme avec conviction Thomas Duclos.

Et de finir en précisant : « il y a une vraie évolution de style depuis 2014, ça se matérialise plus nettement car de plus en plus de grands noms sont en train de bouger, je pense qu’on est à un réel tournant. Sur le sujet, des articles m’ont opposé à Michel Rolland, ça me dérange. Pendant trente ans, il a tellement fait évoluer Bordeaux… S’il n’y a plus de mauvais vins à Bordeaux, il y est pour beaucoup. Je pense qu’aujourd’hui les gens sont réceptifs au discours de la précision car Michel avait déjà énormément déblayé le terrain. Je n’apprécie pas qu’on nous mette en opposition, car j’adore le personnage, on s’entend bien, et il fait des grands vins. Il faudrait lui faire une statue pour ce qu’il a fait pour Bordeaux ! »