Pierre Audemard au Domaine de la Giscle à Cogolin (83) a terminé ses vendanges tant bien que mal fin septembre dans la chaos laissé par le passage des flammes à la mi-août. Il a du réorganiser toute la cave pour continuer à vinifier chez lui avant de reconstruire les bâtiments partis en fumée.

« On a vu le feu loin derrière les collines, on pensait qu’il était éteint avant de se prendre dans la soirée une pluie de cendres et soudain, il était devant nous ». Toute la famille, Pierre, sa femme Monique, ses enfants et son gendre mobilisent alors seaux et tuyaux, pompent l’eau de réserve de la tonne à lisier, sortent les véhicules et s’évertuent à extraire de son abri l’âne D’Artagnan tétanisé pour le mettre à l’abri dans les vignes. Mais ils ne parviennent pas à sauver les machines dételées, la sulfateuse, les broyeurs…qui fondent dans les flammes. Ils attendent en vain les pompiers. Enfin arrive un camion…qui ne peut pas se raccorder à la pompe de la piscine, un autre qui doit se brancher sur l’électricité, hors service…et quasiment tous les bâtiments partent en fumée, sauf le chai d’élevage et le petit musée de la vigne, à peine noirci. Le vin dans les tonneaux doit être envoyé à la distillerie, la chaine de conditionnement des BIB est détruite. Même les bouteilles dans les racks ont fondu sous la chaleur. Le feu a sauté par-dessus les vignes mais grillé les arbres et les collines environnantes entre Cogolin au bord du golfe de Saint-Tropez et Collobrières; . La Giscle a reçu diverses aides pour récupérer un pressoir, rapatrier des cuves, récupérer un générateur d’azote pour l’inertage, mettre à l’abri le pressoir sous une tente dans la cour… Un filtre à bourbes, introuvable pendant les vendanges, est prêté par le Château Angueiroun, une cuve par le Château Saint Maur qui a échappé de peu aux flammes ayant fait subitement demi-tour à quelques dizaines de mètres de la cave .  « On a même réussi une proposition de la cave de Grimaud à laquelle nous ne livrons que quelques hectares de raisins pour aller vinifier chez eux mais finalement, nous avons lancé les vendanges une semaine après et nous avons pu tout faire chez nous ».

Réorganisation complète

Le domaine avait investi 300 000€ en 2017 dans la rénovation; le montant des dégâts n’est pas encore chiffré mais les assurances ont débloqué une avance et la cagnotte lancée sur internet (toujours en cours sur leetchi.com) a déjà enregistré environ 100 000 €. « Pour la première année, nous allons sûrement faire un peu plus de rosés en vrac pour rentrer de la trésorerie. D’habitude, nous vendons quasiment tout au domaine; il va falloir chercher d’autres débouchés. Des cavistes ont déjà réservé des vins, certains les ont même payés d’avance ». L’imbroglio de l’organisation n’est pas terminé. Après les vendanges, il a fallu démonter la tente, pas étanche, stocker le pressoir, en déménager un autre pour les rouges, louer un conteneur frigorifique pour stocker des bouteilles, prendre un architecte pour reconstruire rapidement, louer un algeco pour vendre encore un peu au domaine quand il pourra rouvrir… Pierre Audemard ne s’attend pas à plus d’une moitié de récolte entre les rangs de vignes à écarter et le gel qui avait frappé l’arrière-pays varois en avril. « Le principal c’est que tout le monde est sain et sauf » conclut le vigneron. Même D’Artagnan qui a profité d’être attaché dans les vignes pour grignoter quelques pieds autour de lui.

Photos F. Hermine