Nouveau rendez-vous sur “Terre de Vins” : “La vigne se raconte”. Chaque semaine, replongez-vous dans un moment marquant, éprouvant ou fondateur de l’Histoire du vignoble français.

Juillet 1850, le village de Mareuil-sur-Aÿ, petite bourgade viticole de 1000 habitants, assise à flanc de coteau le long de la Marne, est frappée par le choléra.

Pendant les deux mois que dure l’épidémie, on compte 63 décès et 79 sur l’année complète, provoquant la disparition de familles entières. En France, cet épisode fera 100.000 morts. La commune fait venir de Reims deux religieuses pour prendre soin des malades. En guise de remèdes, on frictionne, on opère des lavements, on fait avaler toutes sortes de potions. Rien n’y fait et les personnes atteintes succombent une fois sur deux, souvent en quelques heures, à la déshydratation provoquée par les diarrhées. Alors que chacun se claquemure chez lui de peur d’être contaminé, le maire, un certain Nicolas-François Billecart, ouvre sa maison aux cholériques.

Un hommage de 1863 raconte qu’à la suite de cet événement, “en tout temps, l’infortune a été attirée vers cette porte”…. Et ils ont dû en effet être nombreux ceux qui sont allés quêter du secours auprès de Nicolas-François, car le sort aime parfois s’acharner : à l’épidémie qui avait endeuillé le village s’ajoute la même année une invasion d’oïdium. Ce champignon repéré pour la première fois en Angleterre en 1846, ne connaît lui aussi aucun traitement efficace. Il faudra attendre 1854, pour qu’Henri Marès teste dans l’Hérault le soufrage. Pour l’heure, la vendange de 1850 à Mareuil est catastrophique et beaucoup de vignerons basculent dans la misère.

Si on veut comprendre le geste de Nicolas-François, il faut revenir sur le parcours jalonné d’épreuves de cet authentique “self-made-man”. Né pendant les dernières heures de la Terreur en 1794, à 13 ans, il est déjà orphelin. Qui l’élève ? On l’ignore. En 1818, il épouse Élisabeth Salmon, issue comme lui de l’une de ces vieilles familles de bateliers qui convoyaient les vins clairets de la Montagne et de la Rivière vers le gosier parisien. Il se lance alors dans l’élaboration de champagne. Un vrai défi à une époque où on maîtrise encore mal la seconde fermentation et où le remuage ne s’est pas encore diffusé. En témoigne les plaintes de l’un de ses premiers clients, un marchand de Metz, étonné des dépôts collés aux parois des échantillons qu’il a reçus.

Sur le plan commercial, le jeune homme veut tout de suite rentrer dans la cour des grands en partant à la conquête de l’empire des Tsars. Mais à Saint-Petersbourg, on boit le champagne frappé et dosé jusqu’à 300 grammes de sucre par litre ! “Combien vous avez à regretter que votre vin ne ressemble pas à celui du reste des maisons qui n’est peut-être pas aussi vineux que le vôtre, mais il est doux et c’est tout ce qu’on demande en Russie” lui écrit son agent. N’importe, il construira sa réputation dans les pays germaniques, devenant le fournisseur officiel du prince Charles de Bavière.

Alors que sa fortune est faite, cet homme mûr veut rendre à la communauté les bienfaits que la Providence lui a accordés. Au milieu des désordres de la révolution de 1848, il accepte de devenir maire de Mareuil-sur-Aÿ, et grâce à une gestion rigoureuse, redresse les finances de la commune. Il meurt en 1858, quelques jours après avoir présidé son dernier conseil municipal, “comme un soldat, les armes à la main, à son poste”.

Aujourd’hui encore, Billecart-Salmon perpétue à sa modeste mesure l’esprit de Nicolas-François. Comme plusieurs autres maisons, pour prémunir les soignants contre le Coronavirus, la société a fait don de lunettes de protection et de combinaisons utilisées d’habitude par les cavistes et les vignerons. Enfin, pendant toute la durée du confinement, 20% du prix hors taxe des bouteilles de Billecart-Salmon commercialisées par Millesima sera reversé à la fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.

https://www.millesima.fr/billecart-salmon-x-millesima.html