De g. à d. Raphaël Baudin, Victorine Massart, Vincent Lasserre et Jean-Claude Berthillot. (Photo Clément L'hôte)
De g. à d. Raphaël Baudin, Victorine Massart, Vincent Lasserre et Jean-Claude Berthillot. (Photo Clément L'hôte)

Le domaine de 8 hectares compte bien se développer et redonner ses lettres de noblesse à ce petit coin de paradis, niché entre Mâconnais et Côte Roannaise. Le projet est ambitieux, les vins prometteurs.

Le phylloxéra et les guerres ont mis à terre plus d’un vignoble en France. Parmi eux, le Brionnais. C’est l’un des bourgognes oubliés, à mi-chemin entre Mâcon et Roanne. Un pays de frais bocages, où les vaches charolaises se plaisent, et où la vigne manque désormais. Plus pour longtemps ? C’est l’objectif de Thierry Hellin, qui a repris en 2020 les huit hectares du domaine des Fossiles. Pratiquement les seules vignes des environs, qui en comptaient jusqu’à 4000 ha au XIXe siècle.

L’entrepreneur parisien, ancien directeur général adjoint du groupe Pierre et Vacances et créateur de la plateforme d’investissement immobilier Beaureale Investments, a rebaptisé l’exploitation Roche des Bancs, en l’honneur de la plus belle parcelle du domaine. À nouveau nom, nouveau projet : « On va commencer la construction d’un nouveau chai et d’une nouvelle cuverie. Et d’ici 5 ans, on vise 15 à 18 hectares », développe Vincent Lasserre, responsable financier. Car le Brionnais ne manque pas d’atouts. « On se rapproche des sols du Mâconnais », décrypte Raphaël Baudin, responsable d’exploitation. « Avec des terres argilo-calcaires, des veines du Jurassique, et une grande variété de terroirs. Mais aussi plus d’altitude, et donc un climat plus frais. Nous vendangeront 8 à 10 jours plus tard qu’en Mâconnais ou en Beaujolais cette année. »

Un futur grand mousseux ?

Les vins surprennent par leur générosité, dans ce climat réputé frais. Dans un style ample et mûr, les rouges comme les blancs « bénéficient d’une exposition plein sud, ce qui favorise la maturité », dévoile Jean-Claude Berthillot, ancien propriétaire, qui assure désormais la transition avec la nouvelle équipe. « De notre côté, on veille également à ne pas vendanger trop tôt ». Toutefois, « les vins gardent tous une tension qui leur confère une certaine droiture, c’est la signature du terroir. »

Parmi les cuvées se cache aussi un effervescent : L’effrontée, à 100% composée d’Auxerrois, cépage lorrain. Malgré sa bulle fine et son expression fruitée, sur les abricots séchés et la pêche blanche, il ne convient pas encore tout à fait aux nouveaux propriétaires. « Thierry Hellin et son épouse Sophie Barcella sont des passionnés de champagne », confie Victorine Massart, analyste marketing du domaine. « Ils vont bientôt rencontrer un consultant champenois pour discuter de ce mousseux. L’ambition est d’obtenir un grand vin pétillant. S’il ne sont pas convaincus, ils arrêteront la cuvée ». De quoi aiguiser un peu plus notre curiosité à propos d’un domaine déjà hors-normes.

Les coups de cœur

Cuvée Saute-Haie Nature 2019, IGP Saône-et-Loire (17,90 €) : Un vin sans sulfites ajoutés parfaitement réalisé, composé de pinot noir et de gamay à parts égales. Le fruit ressort tout en netteté, laissant davantage s’exprimer la générosité du gamay, avec des notes de cassis, cerise noire et violette. Quelques nuances réglissées et minérales tempèrent la finale, avec des tanins souples.
Cuvée Font-Grain 2019, IGP Saône-et-Loire (13,90 €) : Un joli pinot noir égrappé à seulement 25 % et bien mis en valeur par un élevage de 12 mois en fût de chêne. En bouche, on retrouve une texture soyeuse et un fruit juteux, avec quelques notes de noyau de cerise qui ne sont pas sans rappeler la Côte chalonnaise. Bien structurée et généreuse, la cuvée garde une trame droite, pour un ensemble élégant.