(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

L’homme d’affaires Michel Ohayon ambitionne avec Dominique Hébrard et Hubert de Boüard de faire passer le Chateau Trianon dans la catégorie palace.

Le projet est pour le moins ambitieux, le nom oblige. Dominique Hébrard, propriétaire du château Trianon à Saint-Emilion, vient de s’associer à Michel Ohayon, propriétaire du Trianon Palace à Versailles (mais également du Grand Hotel à Bordeaux et du Sheraton de Roissy) pour offrir au domaine une voie royale. “Nous avons acquis ces dernières années une vraie légitimité en matière de vin avec en ligne de mire le classement des crus de 2022 ; l’arrivée de Michel Ohayon au capital (à environ 90%) va permettre de donner une nouvelle dimension au Trianon, l’écrin participant aussi au classement”. Et quel écrin ! La chartreuse va être agrandie pour se métamorphoser en véritable resort de luxe au cœur du vignoble avec un jardin à la française, une soixantaine de suites, une grande galerie versaillaise, un spa, une cave à vins prestigieuse avec tous les grands Bordeaux, notamment de Saint-Émilion… Le projet, confié à l’architecte bordelais Emmanuel Graffeuil et au décorateur Arnaud David, est en discussion avec les Bâtiments de France qui ont déjà refusé un premier dossier ; le chantier devrait démarrer prochainement pour être bouclé fin 2019. « On me proposait des châteaux tous les jours, reconnaît Michel Ohayon. Quand on m’a parlé de Trianon, j’ai été séduit par l’histoire du lieu [il aurait été construit par un secrétaire de Louis XIV], la belle pierre, le nom bien sûr et l’idée d’être dans le vignoble le plus connu au monde, de surcroît classé au patrimoine mondial qui draine 20 millions de visiteurs par an ». Pas encore de budget défini pour le futur palace mais Michel Ohayon annonce d’ores et déjà qu’il n’y a « pas de limite. Je crois au potentiel du lieu et on mettra les moyens en œuvre nécessaires pour en faire un lieu d’exception où l’art et la culture pourront s’épanouir”. Reste à convaincre Gordon Ramsay, le chef du Trianon Palace de suivre l’aventure avec une proposition bistronomique de luxe.

De la buvabilité et de l’élégance

Côté vins, le château Trianon a beaucoup progressé ces dernières années, notamment grâce aux précieux conseils d’Hubert de Boüard. Il est venu épauler depuis 2013 la jeune oenologue Alizé Huet qui a remplacé Gilles Paquet consultant à Cheval Blanc lorsqu’il est parti à la retraite. L’œnologue de L’Angélus est un ami d’enfance de Dominique Hébrard avec lequel il est déjà associé dans le Château de Francs. « Quand j’ai cherché une propriété à Saint-Émilion après mon départ de Cheval Blanc, propriété dans ma famille depuis 1832, c’est Hubert qui m’a incité à aller visiter Trianon pendant les vendanges 2000…. et j’ai signé 8 jours plus tard, raconte Dominique Hébrard. Les 10 ha de vignoble étaient en mauvais état mais sur un beau terroir prometteur ». En 15 ans, 95% ont été replantés en merlot (80%), cabernet sauvignon (5%) et cabernet franc (10%), un cépage qu’affectionne particulièrement Dominique Hébrard pour « son élégance et la finesse qu’il apporte au merlot, plus charmeur » [il y a d’ailleurs 66% de cabernet franc à Cheval Blanc]. Sont restés quelques vieux carménères non déclarés, une erreur du pépiniériste il y a plus de 60 ans quand le propriétaire de l’époque avait voulu replanté des merlots… qui ne mûrissaient jamais. Ramassés plus tardivement, ils apportent à l’assemblage une note épicée-poivrée.

Trianon a été intégré en 2004 à la société BHL qui comprenait aussi le Château Bellefont-Belcier, grand cru classé de Saint-Emilion revendu il y a cinq ans. Depuis quelques années, le style de Trianon s’est affiné tout en gardant des « vins sur la gourmandise, on est en plein dans la buvabilité, élégante, tendre et suave avec de la fraîcheur grâce à des extractions douces » commente Hubert de Boüard. Le cabernet franc apporte à l’assemblage un caractère plus noble et aristocrate ; certes il est fragile et sensible à la météorologie, mais il fait partie des racines saint-emilionnaises”. Dominique Hébrard, toujours co-propriétaire de Francs et du Chateau Massaya au Liban, pourrait désormais se mettre en quête d’autres opportunités à Saint-Emilion, « mais pas un domaine reconnu, l’intérêt est de construire un vin et une histoire à partir de rien ».