Ci-dessus : David Suire, directeur du château Laroque.
Ci-dessus : David Suire, directeur du château Laroque.

Cette propriété familiale de 60 hectares, la plus vaste parmi les grands crus classés de Saint-Émilion, connaît une très belle dynamique depuis l’arrivée de l’œnologue David Suire à sa direction en 2015. Et demeure accessible pour les amateurs.

Pas besoin d’arpenter les archives nationales pour trouver l’étymologie de Château Laroque. Le nom de cette belle et vaste propriété de Saint-Christophe-des-Bardes vient de son emplacement sur le plateau rocheux calcaire de Saint-Émilion qui constitue son cœur de terroir. La roche, ici, est une signature, qui confère aux vins un profil apprécié de longue date par les amateurs. Riche d’une histoire foisonnante remontant au moins au XIIème siècle, durant lequel il abrite une forteresse médiévale, le domaine est passé entre les mains de nombreuses familles au fil du temps, dont celle du Marquis de Lavie, au XVIIIème siècle : c’est à cette époque que le château actuel est reconstruit – la superficie, alors, atteint jusqu’à 270 hectares. Les aléas des XIXème et XXème siècles contribueront à réduire cette surface, mais encore aujourd’hui, Château Laroque est le plus étendu des grands crus classés de Saint-Émilion, avec 61 hectares de vignes plantées et plus de 20 hectares de bois et prairies. Le château et les galeries souterraines creusées dans le calcaire attestent encore du riche passé de la propriété.

En 1935, Laroque passe aux mains de la famille Beaumartin, qui en est encore propriétaire. Cette famille girondine, dont la fortune vient de l’industrie du bois, s’est appliquée à replanter le vignoble à partir des années 1950, et n’a cessé depuis de maintenir Laroque parmi les valeurs montantes de Saint-Émilion – une ascension saluée par une reconnaissance en tant que Grand Cru Classé en 1996. À cette époque, la propriété est dirigée par Bruno Sainson, qui passe la main en 2015 à David Suire. Cet œnologue d’origine charentaise, formé au côté de Nicolas Thienpont (gérant du Premier Grand Cru Classé Château Larcis-Ducasse qu’il accompagne dans la production des vins), fait partie des nouveaux visages, discrets mais talentueux, qui font bouger le vignoble bordelais.

Arrivé en 2018 sur la place de Bordeaux

L’opportunité de prendre la direction de Laroque lui permet de jouer avec une superbe palette de terroirs. Car au-delà du plateau calcaire, la propriété s’étend aussi sur des mollasses de l’Agenais et des mollasses du Fronsadais ; autant de nuances qui permettent aux vieilles vignes de merlot – cépage ici ultra majoritaire – d’exprimer un caractère à la fois minéral, élégant, charnu et profond. Très attentif à l’expression des terroirs et au juste équilibre des vins, David Suire s’applique depuis maintenant sept millésimes, en concertation avec Stanislas Droin qui a pris en 2018 la suite de son oncle Xavier Beaumartin en tant que représentant de la famille, à peaufiner la précision des vins, jouant notamment sur les élevages en associant barriques, foudres et essais en wineglobes pour apporter ce qu’il faut « d’affinage » tout en préservant l’intégrité du fruit. Inutile ici de poser du maquillage : les terroirs de Laroque s’expriment de façon éloquente à travers les vins et à travers les âges, comme le prouve la dégustation de millésimes comme 2000 ou 2001. La droiture, la trame finement crayeuse et la ponctuation délicatement amère forment l’ADN des vins de Laroque, que l’on retrouve aussi dans le second vin de la propriété, Tours de Laroque.

Arrivé en 2018 sur la place de Bordeaux après avoir été longtemps commercialisé par Alexis Lichine, Château Laroque s’est rapidement imposé comme une valeur sûre pour les amateurs, qui y ont vu l’opportunité d’un très bon achat en primeurs. Sorti à 20,30 € HT en 2018, 19,60 € HT en 2019 et 22 € HT en 2020, Laroque est bien plus qu’un « très bon rapport qualité-prix » : c’est un vin à acheter, à mettre en cave et à laisser vieillir pour le partager entre connaisseurs lorsque son formidable potentiel a atteint son apogée. Pour celles et ceux qui apprécient le style du plateau de Saint-Émilion, on peut parler d’incontournable.

Une mini-verticale de Château Laroque (2016-2020) et des Tours de Laroque (2017-2019) est un très bon indicateur de la progression des vins et de leur promesse d’avenir. Terre de Vins a particulièrement apprécié :
Tours de Laroque 2018 : dans le registre généreux et solaire du millésime, ce second vin se signale par la plénitude de son fruit mûr (très framboise) teinté de cuir frais, sa touche réglissée et sa densité gourmande. La bouche, charnue et souple, est marquée par une agréable sucrosité, tenue par une belle construction tannique et une fine couche calcaire. Juteux et tapissant, le vin se conclut par une jolie note désaltérante et épicée.
Château Laroque 2017 : sur un millésime associé au gel mais où les beaux terroirs de Laroque ont été épargnés par la morsure du froid, le vin décline un profil terrien, suave et sauvage, presque racinaire, avec déjà des indices de cuir et de truffe, une touche d’encens et beaucoup de floral. Le fruit vient ensuite. La bouche est élancée, harmonieuse, tendue sur un fruit saignant, escortée par une jolie délicatesse de tannins, avec une touche d’understatement dans sa concentration qui lui va bien. Un vrai plaidoyer pour 2017.
Château Laroque 2019 : tous les curseurs sont placés au plus haut dès le premier nez, fuselé, précis, plein d’allant et affichant un fruit plein (prune, figue), une concentration capiteuse, ourlée de fraîcheur malgré l’élevage encore présent. C’est de la belle couture, qui se retrouve avec la bouche vibrante et tonique, séveuse, à la trame tannique ciselée et élégante. Un vrai vin de texture, marqué par son terroir, qui s’étire en longueur et promet de vieillir avec classe. Encore en pleine jeunesse et taillé pour la garde.
Commentaires de Sylvie Tonnaire et Mathieu Doumenge.