(photo AFP)
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Ces derniers mois, difficultés et calamités deviennent le lot quotidien des opérateurs de vins et spiritueux. Face au nouveau “cas de force majeure” qu’est devenu le coronavirus Covid-19, les salons sont annulés ou reportés les uns après les autres. Petit aperçu des premières réactions de quelques représentants de la filière.

Antoine Leccia, président de la Fédération des Exportateurs de Vins & Spiritueux (FEVS)
“Le premier aspect de la crise concerne avant tout les barrières tarifaires qui ont fait beaucoup de mal en 2019, notamment en Chine à cause du différentiel de prix avec les vins australiens et chiliens. Leurs ventes se sont envolées et on y a perdu notre première place. Les 25% de taxes Trump relèvent du même problème et ont généré une baisse immédiate des exportations françaises. Cette baisse structurelle est inquiétante malgré les discussions en cours et sans savoir jusque quand cela va durer. Le coronavirus qui nous tombe dessus est plutôt conjoncturel. Bien sûr, nous allons perdre des ventes mais on s’en sortira, dans quelques semaines ou quelques mois. Après un coup d’arrêt comme parfois à la suite d’importantes pertes de récolte, il y a toujours une reprise progressive puis un rebond. Nous restons confiants pour 2021, même en étant conscients que certaines entreprises peuvent disparaître dans les prochains mois”.

Valérie Pajotin, directrice de l’Anivin de France, Interprofession des vins de France
“La somme de facteurs défavorables a rarement été aussi élevée entre les taxes Trump qui nous impactent fortement puisque les Etats-Unis sont le marché majeur des vins de France qui exportent à 74%, en volumes mais aussi en valorisation, le Brexit à gérer avec un facteur inconnu et la Chine puis l’Europe avec le coronavirus. En prime, le marché français n’est pas florissant, en particulier en grande distribution, en baisse d’environ 10% ; il ne pourra donc pas rattraper les baisses attendues à l’export et on ne pourra pas compter sur l’Australie et le Brésil pour compenser les pertes de volumes. Heureusement que nos opérateurs ont eu d’excellents contacts sur Wine Paris et ont estimé les rendez-vous intenses et satisfaisants. Il faut voir au jour le jour mais nous sommes quand même inquiets pour notre prochain voyage prévu en mai au Brésil pour le salon agroalimentaire Apas, très fructueux l’an dernier. En même temps, on comprend que les entreprises cherchent avant tout à protéger leurs salariés en leur évitant de trainer dans les aéroports ».

Jean-Marie Barillère, président de l’Union des maisons de Champagne (UMC)
“Il est trop tôt pour évaluer l’impact du coronavirus. Bien sûr, les annulations d’événements et de voyages en France ne sont pas une bonne nouvelle mais elles ne concernent pas des volumes importants pour le champagne, et nous ne sommes pas dans des mois de grosses ventes. De toute façon, les affaires se traitent à l’année; il n’y a donc pas d’effet immédiat. Ce qui nous inquiète davantage, c’est si cela évolue vers une pandémie qui touche les grandes capitales européennes, Paris, Londres… Il ne reste qu’à espérer que cela ne dure pas trop longtemps”.

Jacques Gravegeal, président de l’interprofession des vins de Pays d’Oc (Inter Oc)
“Certes, nous sommes inquiets et le coronavirus, même si il est moins mortel que la grippe, a des conséquences sur la filière mais on ne ressent pas encore les incidences commerciales. On y verra plus clair quand il s’agira de réapprovisionner les marchés. Pour l’instant, les pertes de parts de marché de certaines AOP françaises, en particulier avec les rouges, ne sont pas dues à ça mais pour eux, ça risque d’être double peine. Pour l’instant, les vins de Pays d’Oc ne souffrent pas trop, même des taxes Trump car comme on l’a souvent entendu sur Wine Paris, nos vins de cépages restent dans un bon rapport qualité-prix. Les opérateurs présents sur le salon étaient plutôt contents mais il est vrai que ceux qui misaient sur ProWein seront pénalisés. Nous sommes plus inquiets du contexte politique en Chine où il faut se battre pour que la France reste le référent en matière de vins et avec une meilleure image que les vins chiliens et australiens qui ont décollé grâce aux accords zéro taxe”.

Brice Eymard, directeur de l’interprofession des Vins de Provence (CIVP)
“Le problème des taxes Trump est plus prégnant chez nous et suscite davantage d’inquiétudes que le coronavirus car l’impact est plus immédiat, même si nous sommes encore en attente des statistiques de janvier-février. Le marché américain représente près d’une bouteille sur deux à l’export (qui avoisine 40% des ventes globales) tandis que nous exportons peu en Asie mais cela rajoute une couche alors que nous voulions diversifier les marchés. L’annulation de ProWein pénalise d’abord les domaines qui avaient déjà commencé à amorcer cette politique de diversification et ils vont sans doute perdre un an. Mais pour le rosé, il faut attendre le printemps car le marché local peut devenir un refuge, mais si le problème persiste, il risque d’impacter également le tourisme qui est pour nous un débouché majeur en région. Il ne faut pas dramatiser mais il est difficile d’avoir une année pire que celle-ci. Nous misons quand même sur les perspectives de croissance à long terme du rosé. Nous déciderons dans une semaine ou deux si il faut maintenir le grand événement Air Provence de début avril”.

Sylvain Naulin, directeur de l’interprofession des vins de Loire (InterLoire)
“Nous sommes inquiets, vigilants et attentifs. La chance est que le salon régional d’Angers et Wine Paris soient passés mais les opérateurs font aussi des affaires à ProWein. Depuis janvier, nous sommes davantage préoccupés par le problème des taxes américaines – le marché représente une bouteille sur quatre des vins exportés et l’export 20 % de nos ventes. Nous allons essayer de maintenir notre ambition d’augmenter l’export de 1% par an d’ici 2030. Comme dirait Bernard Laporte, ‘on ne lâche rien !’… d’autant plus que la consommation française n’est pas florissante. Comme nous sommes encore perçu comme un vignoble de blancs, nous sommes peu présents en Asie. Il faudra dans quelques jours se poser la question de savoir si nous maintenons l’accueil des acheteurs internationaux sur Val de Loire Millésime fin avril. Le principal aujourd’hui est de garder sa motivation”.