Depuis fin juillet, il n’est plus possible de proposer des vins, dans quelque contenant que ce soit, sans en préciser l’origine auprès des clients. Une petit pas législatif mais un grand bon pour l’information des consommateurs.

Il y a certaines choses qui fleurent bon la France d’avant, celles que certains évoquent avec nostalgie en avançant sans sourciller « c’était mieux avant ! ». Parmi elles, les célèbres « cuvées du patron » qui, à défaut de refléter l’amour immodéré du tenancier (ou de la tenancière) pour la dive bouteille, avaient très souvent pour dénominateur commun d’être celles qui râpaient la muqueuse buccale et dont l’origine était aussi mystérieuse que la répartition des votes un soir d’élection de Miss France. Eh bien à toutes celles et ceux qui ne dérogeaient jamais au pichet de rouge anonyme ou au verre de blanc à la provenance douteuse, la nouvelle est tombée : tout cela est bel et bien fini. Enfer et damnation, il ne sera plus possible de faire boire une piquette à un touriste en goguette en toute discrétion. Désormais, même le picrate devra être nommé ! Et tant mieux. A l’heure de l’accès immédiat à l’information, tout un chacun pourra constater que le pichet était souvent au vin ce que le tanin en poudre ou les copeaux de bois sont à la vinification : des cache-misère.

Une loi de « protection de la rémunération des agriculteurs »

Vous n’en avez certainement pas entendu parler, jusqu’ici rien d’anormal. La loi n° 2021-1357 a en effet été promulguée le 18 octobre 2021, à une époque où le COVID continuait d’occuper tout notre temps de cerveau disponible. 16 articles plutôt indigestes régissant notamment les relations entre producteurs de denrées alimentaires, fournisseurs et distributeurs. Et au détour d’un article (le 13ème en l’occurrence), entre une mention du cacao et de la bière, quelques phrases qui vont créer la révolution susmentionnée. L’article L 412-11 précise ainsi : « Dans les établissements titulaires d’une licence de débit de boissons à consommer sur place ou à emporter ou d’une licence de restaurant, les consommateurs sont informés, par un affichage lisible sur les menus, les cartes des vins ou tout autre support, de la provenance et, le cas échéant, de la dénomination de l’appellation d’origine protégée ou de l’indication géographique protégée des vins mis en vente sous forme de bouteille, de pichet ou de verre ». Cette loi, entrée en vigueur à la suite de la publication du décret n° 2022-1038 le 24 juillet dernier, impose donc désormais à tous les restaurants, bars et autres établissements habilités à servir du vin d’en mentionner clairement l’origine. Gageons que cette avancée permettra de mettre davantage en valeur des vins de caractère. Prochain espoir : que la qualité des verres permettant de déguster lesdits vins s’améliore elle aussi. L’espoir fait vivre.