Grosse affluence pour la seconde édition de « Bordeaux fête le vin » à Québec, durant laquelle 80 vignerons aquitains ont fait découvrir leurs vins aux amateurs de la Belle Province.

Pendant quatre jours – du jeudi 29 août au dimanche 1er septembre -, la météo fut capricieuse, mais le cœur y était. Verre à la main, Claude et Marjolaine, québécois, la soixantaine espiègle, écoutent attentivement. L’amphithéâtre de 150 places est plein. L’animateur, dans un show à l’américaine, micro vissé à la joue, précise que le loupiac est un blanc liquoreux. L’assemblée mémorise le lieu sur la carte projetée sur scène et le message passe. « Nous étions déjà venus l’an passé. Nous passons un agréable moment. C’est une bonne façon d’occuper notre retraite. » Pendant ce long week-end, des milliers d’amateurs sont ainsi passés dans cette école mise en place par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) au bord du fleuve Saint-Laurent, dans la ville de Québec.

C’était une des animations de Bordeaux fête le vin à Québec, deuxième rendez-vous du genre dans cette province de 7 millions d’habitants, où la France jouit d’une belle cote. Plus de 80 vignerons de Bordeaux et de toute la région Aquitaine s’étaient déplacés. Sous des tentes, ils ont fait goûter des vins, de midi à 23 heures, non-stop. Près de 20 000 bouteilles ont été dégustées au total.

Comme lors de la fête bordelaise (les années paires, fin juin), un système de pass dégustations structure la manifestation. Pour 35 dollars (1 euro = 1, 30 dollar canadien), l’amateur a notamment droit à huit dégustations, un verre et une mini-formation. Pas une seule bouteille n’est vendue sur place, il s’agit d’une vaste opération de promotion collective.

« Ce n’est pas la buvette, les visiteurs posent beaucoup de questions. Un dialogue s’instaure », explique Julien Vignaut, du Conseil des vins du Médoc. « Nombre d’entre eux demandent où trouver les vins dégustés pour les acheter. Et ils sont peu nombreux à la Société des alcools du Québec (SAQ). C’est frustrant », regrette Marc Médeville, vigneron dans le Sud-Gironde, lors d’une table ronde avec le maire Alain Juppé, présent pour l’occasion. On y eut d’ailleurs une pensée, à 7 000 km de distance, pour les centaines de vignerons étrillés par la grêle en Aquitaine il y a un mois.

22 litres par habitant et par an

Le marché local a la particularité d’être aux mains d’un monopole puissant (la SAQ), où la lutte est féroce pour tout référencement. L’amateur ne pouvant se servir que dans ses succursales, un panneau mentionnait sur chaque stand si les vins dégustés étaient référencés ou pas à la SAQ. Goûter, c’est bien. Acheter par la suite, c’est mieux. D’ailleurs, en relais de cette fête, le CIVB appuie des opérations de promotion dans les magasins durant tout le mois de septembre. L’an passé, les ventes de vins girondins étaient reparties à la hausse à la SAQ après des années difficiles. Au final, il s’agit de faire du business.

« J’ai deux vins référencés à la SAQ depuis vingt ans, ce serait plus compliqué d’y entrer aujourd’hui. Comme sur tous les marchés, il ne faut pas s’endormir », note Damien Chombart, propriétaire du Château Lamothe, en AOC Cadillac Côtes de Bordeaux (500 000 bouteilles, dont 85 % écoulées à l’export). Son blanc vendu 6, 40 € à la propriété est à 17 dollars au Québec ; le rouge y bondit de 9, 75 € à 21 dollars.

Dans la Belle Province, les taxes sont élevées et les prix chers. Pourtant, le Québécois boit en moyenne 22 litres par an, presque un record pour une région quasiment pas productrice.

Au-delà des stands, la musique jouée sur une scène au bord du fleuve rappelle que l’été est là. Les amateurs déambulent, verre à la main, sur les pelouses. C’est les vacances, parfois en short. Dans la marina, les bateaux sont à touche-touche. Le vin est dans son élément. « Il est aussi une porte d’entrée pour d’autres business », rappelle, pragmatique, Pierre Goguet, président de la CCI de Bordeaux. Avec ses équipes, le service économique de la mairie ou les offices de tourisme, d’autres professionnels (industrie, hôtellerie, hôpitaux, etc.) ont fait le déplacement dans le sillage de cette fête. Pour d’autres affaires en perspective.

Rendez-vous en 2015

L’an passé, 15 000 pass-dégustations furent vendus à Québec, avec 40 000 visiteurs au compteur. Le bilan exact de cette édition 2013 terminée hier n’est pas encore connu. Rendez-vous en 2015 (la fête devient biennale). En attendant, direction la Fête de Bordeaux à Hong Kong dans deux mois. Un euro sur deux entrant dans les caisses de la viticulture girondine provient d’acheteurs étrangers.

César Compadre (source)