(photos Cécile Perrinet Lhermitte)
(photos Cécile Perrinet Lhermitte)

Effervescence sur tous les fronts au château Troplong Mondot. Alors que le coup d’envoi des vendanges a été donné et que d’importants travaux ont été engagés au chai comme sur la partie réceptive, Aymeric de Gironde, qui a pris la direction du domaine il y a un an après le changement de propriétaire, poursuit l’aggiornamento stylistique des vins de ce 1er Grand Cru Classé de Saint-Émilion.

Promis, on ne va pas vous refaire le coup de la « belle endormie ». Le pitch bien rodé, si souvent entendu dans le Bordelais, de la propriété à fort potentiel qui était assoupie sur ses lauriers et attendait que de bonnes fées (ou le prince charmant, choisissez votre camp) se penchent sur son cas pour qu’elle dévoile enfin au grand jour ses plus beaux atours. Car Troplong Mondot n’était pas une propriété endormie : cela fait longtemps que les vins de ce 1er Grand Cru Classé ‘B’ de Saint-Émilion sont prisés et fortement valorisés, que le vignoble est reconnu pour la qualité de son terroir comme pour son emplacement exceptionnel (l’un des plus beaux points de vue de l’appellation) et qu’il a emprunté avec succès le chemin d’un œnotourisme haut-de-gamme, couronné par une étoile au Guide Michelin pour son restaurant Les Belles Perdrix.

Une nouvelle impulsion

Toutefois, dans un contexte de course au prestige entre grands crus bordelais, il n’est pas exagéré de dire que Troplong avait perdu du terrain ces dernières années par rapport à d’autres « marques » fortes du vignoble, en particulier certains voisins de la rive droite. La reprise du domaine par le groupe SCOR, société française de réassurance, actée en juillet 2017, a sonné comme l’épilogue de plusieurs années de rumeurs de revente par la famille Pariente. Ce rachat a été immédiatement suivi d’annonces importantes, à commencer par l’arrivée d’un nouveau directeur général en la personne d’Aymeric de Gironde, en provenance du château Cos d’Estournel, « super second » de Saint-Estèphe.

Pour Aymeric de Gironde, l’enjeu est clair : replacer Troplong sur le devant de la scène saint-émilionnaise, et hisser le vin à sa juste place parmi les meilleurs de Bordeaux. Soutenu par le nouvel actionnaire, il s’est retrouvé, il y a un an tout juste, avec plusieurs chantiers à mener de front. Tout d’abord, la rénovation de tout l’outil technique, avec un nouveau chai actuellement en construction et attendu pour les vendanges 2019 : Audrey Pedezert, architecte de l’agence Mazieres & Associés, conduit ce projet ambitieux qui ne s’inscrira pas parmi les grands « manifestes stylistiques » que l’on a pu voir fleurir récemment à Bordeaux, mais sera à la pointe de la technique et des normes environnementales. Ensuite, le restaurant Les Belles Perdrix fait lui aussi l’objet d’une rénovation complète (pour une réouverture prévue en juin 2020), et avec lui une grande partie des hébergements (chambres d’hôtes dans le vignoble et maison des anciens propriétaires). Le tout formera un ensemble œnotouristique complet, destiné à recevoir amateurs comme professionnels.

2018, un millésime déjà prometteur

Mais le plus grand chantier qui se joue ici est sans doute celui de l’évolution stylistique des vins. Dès son arrivée à la veille des vendanges 2017, Aymeric de Gironde a souhaité impulser une nouvelle direction, dont le résultat était déjà palpable au moment des primeurs : aller vers des vins davantage sur la finesse, la fraîcheur, travailler chaque parcelle comme une entité propre pour en souligner l’identité aromatique, sans aller chercher un excès de puissance. « La puissance, sur le terroir de Troplong, on l’a presque naturellement. L’idée est justement de la dompter, de la canaliser, de ne pas pousser les matières, pour obtenir des vins frais et juteux. Nous voulons laisser les terroirs s’exprimer, la complexité viendra d’elle-même dans l’assemblage ». Si 2017 envoyait déjà les bons signaux (noté 97/100 par « Terre de Vins »), le millésime 2018, suivi cette fois de A à Z par Aymeric de Gironde – avec bien sûr la précieuse expérience de Rémy Monribot, directeur technique de la propriété depuis 18 ans – s’annonce encore meilleur. « Nous avons eu la chance d’être épargnés par les épisodes météorologiques et nous avons été extrêmement vigilants par rapport au mildiou », expliquent les deux hommes. « Tout le travail mené à la vigne depuis un an a porté ses fruits, les chaleurs estivales n’ont pas généré de blocage, si bien que tout indique que nous allons avoir un grand millésime, en qualité comme en volume ».

Un millésime qui se révèle même précoce à Troplong, favorisant le style plus tendu et croquant qui est désormais recherché. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 7 septembre sur les jeunes merlots, et les équipes suivent déjà leur rythme de croisière. « On pense commencer le cabernet sauvignon d’ici une semaine, et le cabernet franc dans deux semaines. Ce qui nous donnera une amplitude d’un mois entre le début et la fin des vendanges », explique Aymeric de Gironde. Des conditions confortables pour récolter des raisins à parfaite maturité, d’autant que le botrytis ne semble pas vouloir mettre la pression.

En attendant que le nouveau chai soit opérationnel, les vinifications se déroulent dans celui du château Mondotte Bellisle, propriété d’environ 6 hectares acquise par Troplong Mondot en mars 2017, actuellement en restructuration – tout comme Clos Labarde, acheté début 2018. Claude et Lydia Bourguignon, grands experts des sols, sont venus passer ces deux vignobles au peigne fin, pour que le futur matériel végétal qui viendra enrichir l’encépagement de Troplong soit en parfaite adéquation avec les terroirs. Le cabernet franc devrait y gagner en importance (il occupe actuellement 2% du vignoble, contre 13% pour le cabernet sauvignon et 85% pour le merlot, sur 28 hectares en production). Ça se confirme, les grands travaux sont loin d’être finis à Troplong Mondot…