Pour faire durer le plaisir de Vinexpo, la famille Bonnie, à la tête du château Malartic-Lagravière, dans les graves de Pessac-Léognan, a organisé une verticale de leur grand rouge et grand blanc de 2000 à 2010. L’occasion de fermer les yeux, et de replonger, le nez dans le verre, dans les dix millésimes de ce début de 21ème siècle.

A Malartic, le vin, c’est avant tout une histoire d’amoureux. « Mon beau-père était au départ un homme d’affaires belge qui a fait fortune dans les marques de lessive, mais surtout un vrai passionné de vin. Sa décision de reprendre Malartic à la maison Laurent-Perrier en 1997 a été un réel tournant pour les choix de culture des vignes et le goût des vins », raconte Séverine Bonnie, mariée à Jean-Jacques, et devenue valeur ajoutée de la famille. Leur credo : veiller à travailler les sols de leurs 53 hectares, sans désherbant ni pesticides, et faire des expérimentations selon ce que peuvent offrir ces terroirs de graves. Des ruches sur une parcelle, des essais en préparations biodynamiques sur une autre parcelle, vendanger manuellement, égrapper sans éclater les baies…. « Nous travaillons en agriculture raisonnée, certifiée par Agrocert depuis 2008, mais ne souhaitons pas aller plus loin dans les labels. Nous sommes étonnés parfois des choses permises dans les cahiers des charges, ou à l’inverse de restrictions que nous ne souhaitons pas subir », explique Jean-Jacques Bonnie, à la tête de la propriété (aux côtés de la sœur de Jean-Jacques et de son mari) classée à la fois sur les rouges et les blancs. Les vins sont élaborés sur conseil des œnologues Michel Rolland et Athanase Fakorellis.

La qualité d’une matière que l’on ressent immédiatement dans la dégustation des dix derniers vins rouges. Et ceci quelle que soit l’influence millésime. Tous les ans depuis 2010, une caractéristique commune se dégage : les vins de Malartic, composés majoritairement de merlot (associé au cabernet sauvignon, cabernet franc et petit verdot) sont équilibrés et cherchent une élégance en conjuguant concentration, fraîcheur en bouche qui perdure malgré l’évolution et structure tannique soyeuse, avec un élevage fondu.

Certains millésimes se sont distingués pendant la dégustation, comme coups de cœur : le 2001 offrait un nez ouvert et des arômes légers de cuir, une profondeur réglissée, de fruits rouges, une bouche encore croquante qui déroulait ses tanins veloutés. Le 2005 offre également une palette aromatique complexe, un nez très ouvert sur des notes de griottes, de gelée de framboise, un bouquet de pivoine, un bâton de réglisse… Beaucoup d’histoires à raconter ce vin, une fois carafé et servi sur une belle volaille rôtie, une riste d’aubergines, ou pourquoi pas même une forêt noire.. A table !

L.G.