La Maison Louis Roederer vient de lancer « Hommage à Camille », deux cuvées en Coteaux champenois. Un hommage à l’arrière-grand-mère du directeur général de la maison Frédéric Rouzaud, Camille Olry-Roederer et l’occasion de revisiter une tradition champenoise oubliée.

Louis Roederer annonce la sortie de deux cuvées parcellaires en Coteaux champenois (vins tranquilles). Pour la Maison, c’est d’abord un petit clin d’œil à l’arrière-grand-mère de Frédéric Rouzaud, directeur général de la maison : une veuve de caractère qui a eu la lourde tâche de maintenir à flots l’entreprise pendant la crise des années 1930. Recevant à sa table ses meilleurs clients, elle aimait les surprendre en réservant le champagne pour l’apéritif, et en proposant au cours du repas ces vins délicats issus à l’époque de parcelles d’Avize et de Cumières. Les deux cuvées (rouge et blanche) lui rendent hommage en reprenant son prénom : « Camille ».

On assiste depuis quelques années au grand retour de ces vins tranquilles de Champagne. Une mode d’autant plus justifiée qu’ils ont fait la réputation du vignoble avant l’apparition de la bulle au XVIIe siècle et ont été la production dominante de la région au moins jusqu’au milieu du XIXe. La preuve que la Champagne ne doit pas tout à la mousse et a toujours été un grand terroir. À la cour de Louis XIV, les vins rouges d’Aÿ rivalisaient avec les vins de Bourgogne et les médecins se disputaient pour savoir lesquels prescrire à sa majesté pour la soigner de ses crises de goutte. Si le Roi a dû abandonner le vin de Champagne au profit du vin de Beaune, il ne l’a fait que pour sa santé, Fagon, son médecin, a mentionné qu’il préférait le premier du point de vue du goût. L’honnêteté intellectuelle nous oblige cependant à reconnaître que les conditions très septentrionales de la Champagne handicapaient la région dans cette compétition, incapable d’obtenir la couleur de plus en plus foncée exigée par la mode. La Champagne restait spécialisée dans les vins clairets, proches par leurs robes des rosés de saignée actuels. De ce point de vue, la renaissance des Coteaux champenois n’a rien de fortuite et doit beaucoup au réchauffement climatique, qui permet d’obtenir la maturité nécessaire pour les vins rouges, même si celle-ci reste un défi.

Un 100% Pinot noir et un 100% Chardonnay

En ce qui concerne la cuvée Camille rouge 100% Pinot noir, le choix de Roederer du millésime 2018, solaire, pour débuter la gamme, confirme cette caractéristique. Il en va de même de la sélection d’une parcelle très bien exposée à Mareuil-sur-Aÿ, au lieu-dit Charmont ou encore de la volonté de pousser davantage encore la maturité en procédant aux vendanges huit jours après celles des raisins destinés aux vins effervescents. Le travail très précis de la Maison a fait le reste : pour la macération qui a duré 17 jours, le raisin n’a été éraflé que de manière partielle : « la rafle confère davantage de parfum, de finesse et de sève » confie le chef de caves Jean-Baptiste Lécaillon. Après cette « infusion » du pinot noir, les vins ont été élevés en barriques de chêne où ils sont restés un an. Le substrat crayeux, comme pour le champagne, vient apporter sa fraîcheur et sa salinité qui se combinent au velouté du vin rouge en lui donnant « une puissance à la fois brillante et délicate ».

Pour la cuvée de chardonnay, on a choisi une parcelle du Mesnil-sur-Oger dans la Côte des Blancs, sur un sol très pauvre. Mais à contre-courant de ce qui se pratique pour le champagne blanc de blancs, Jean-Baptiste Lécaillon a cherché à donner une dimension tannique, en foulant les plus petites grappes aux pieds et en les laissant macérer deux heures avant de les presser avec les plus grosses. Sur ce vin blanc, on compense ainsi le côté austère de la Côte des blancs, en lui donnant un peu de gras, qui sera enrichi à nouveau pendant l’élevage en remettant en suspension plusieurs fois les lies. La cuvée jouit de l’assemblage des potentiels de trois contenants différents : grès, inox et bois. Avec le grès, le vin respire, avec l’inox, il profite d’un milieu plus réducteur, et avec le chêne qui a bénéficié d’une chauffe douce, il prend une très légère patine. Le résultat ? Des notes à la fois florales et grillées, « une composition de haute volée qui s’étire dans une grande fraîcheur ». On a hâte de découvrir ces vins ! Les premières bouteilles arriveront sur le marché au mois de mars (160€ et 140€).

www.Louis-Roederer.com