Dans le vignoble bordelais des Graves, les vendanges des vins blancs qui ont débuté bénéficient de conditions climatiques inespérées. Mais quelles seront les conséquences des coups de chaud de l’été ? Les vrais terroirs à blancs vont se révéler, prévoit Jean-Jacques Dubourdieu, au Clos Floridène.

Journées ensoleillées, nuits fraîches : c’est dans des conditions climatiques particulièrement favorables qu’ont commencé les vendanges des vins blancs dans les Graves. Un temps quasiment optimal dont ont profité les premiers ramassages lancés fin août dans le vignoble bordelais et dans son appellation communale, Pessac-Léognan.

“Ces conditions idéales permettent aux viticulteurs de choisir le meilleur moment pour vendanger les baies sans être pressés par l’état sanitaire du vignoble”, détaille Mayeul l’Huillier, directeur du syndicat viticole des Graves. En clair : pratiquement pas de risque de maladie qui pourraient précipiter le ramassage des baies. “Jusqu’à présent, ce millésime s’annonce très positif en qualité et en volume, poursuit Mayeul l’Huillier. Cela dépend bien sûr des différentes zones de l’appellation. Certaines ont été plus touchées par gel. D’autres attendent un très beau millésime.” Globalement, 40% du vignoble des Graves a été touché par le gel (surtout en bord de forêt) mais dans des proportions limitées.

Vendanges sous un grand ciel bleu

Au château de Chantegrive, à Podensac, Marie-Hélène Lévêque estime à 20 % la perte de récolte causée par le gel, avec un peu de millerandage en plus. Les vendanges à la main, plus précoces qu’à l’habitude, ont commencé le dernier mercredi d’août pour les sauvignons gris et blancs. Elles s’annoncent correctes pour l’instant, selon la propriétaire, avec « une très belle acidité et un joli degré pour le sauvignon ».

Chez Dominique Haverlan, au Vieux Château Gaubert, à Portets, les vendangeurs étaient dans les rangs aux premiers jours de septembre. « On aime jouer la carte du pic aromatique et de fraîcheur pour le sauvignon », explique Dominique Haverlan. Verdict sur les premières parcelles de jeunes vignes : « En volume, on est mieux que ce que l’on imaginait. » Et en qualité ? « On est très content de l’équilibre entre acidité et arômes. Ça donne bon espoir ». Surtout avec ces conditions climatiques « exceptionnelles ». « L’état sanitaire des raisins est parfait. On vendange le matin sous un grand ciel bleu, autour de 10 degrés ». Du coup les équipes, « sans stress », ont le temps de suivre la maturité des parcelles.

Les « vrais » terroirs à blancs à l’épreuve

Au Clos Floridène, à Pujols sur Ciron, le ramassage a été lancé au milieu de la première semaine de septembre. Et c’est, pour Jean-Jacques Dubourdieu, “une excellente surprise” au regard des coups de chaud de l’été. “L’été a été sec, rappelle Mayeul l’Huillier. La vigne a subi la canicule de juillet ; notamment la jeune vigne qui en a souffert. Les autres, plus résistantes, ont surmonté ce stress hydrique et les pluies du mois d’août ont permis le grossissement des baies.”

Cet été chaud risquait de faire perdre acidité et arômes. Mais au contraire, Jean-Jacques Dubourdieu découvre une “bonne fraîcheur avec un degré pas du tout exagéré, 12 à 13.” Le Clos Floridène, constitué par Denis Dubourdieu, surnommé “le pape des blancs”, bénéficie d’une zone calcaire plutôt froide. Certes, avec les journées ensoleillées de vendanges, il faut être bien équipé pour presser les baies à froid. « Cela reste de la technique, tranche Jean-Jacques Dubourdieu. On sait le faire. »
Mais face aux coups de chaud de l’été, difficile de contrer la nature. « C’est là que vont se révéler les vrais terroirs à blancs ».