Cette propriété de Côtes de Bourg trace sereinement son chemin en s’appuyant sur l’expérience acquise au fil de cinq générations familiales, sans oublier de s’inscrire dans son époque. Rencontre, le clap de fin des vendanges juste sonné.

La légende raconte que, déjà en son temps, Louis XIV aimait venir se ressourcer sur ces coteaux surplombant l’estuaire de la Gironde, et se délecter des pêches du Haut-Guiraud. Bien des siècles plus tard, les vignes ont remplacé les pêches, et c’est la famille Bonnet qui préside depuis 1876 aux destinées de ce domaine de 48 ha, cultivé en agriculture raisonnée. En ce mois d’octobre 2019, les dernières grappes fraîchement rentrées au chai, Amaury Bonnet, qui exploite ce vignoble avec son père Christophe, a le sourire.

“A première vue, c’est un millésime normal pour Bordeaux, donc qualitativement un bon millésime, et la quantité semble dans la moyenne” commence par exposer le jeune homme. En terme de qualité, “la maturité est excellente. Du fait de la chaleur début septembre, on va vers des vins colorés, concentrés, ronds et charnus, aux tanins assez doux et présents en quantité. Au vu des analyses, les degrés d’alcool sont assez élevés, mais on a aussi une bonne acidité.” A cette qualité pressentie viennent s’adjoindre des rendements “dans la moyenne”, la propriété n’ayant été frappée que très marginalement par le gel. “Nos coteaux sont proches de la Gironde, donc très ventilés. Seuls les bas-fonds, soit 1 à 2% du vignoble ont été touchés” explique le jeune homme.

Carré de cuvées

A l’heure de la vinification, cap sur le chai aux allures d’antan, sans ostentation aucune. Mais ne vous laissez pas abuser par cette apparence traditionnelle. Si la propriété chouchoute le patrimoine laissé par ses aïeux, elle ne boude pas la technologie nécessaire aux évolutions qualitatives, avec une sensibilité marquée pour les enjeux environnementaux, elle qui a été récemment certifiée “Haute Valeur Environnementale” niveau 3. Privilégiant des faibles rendements, le château Haut-Guiraud pousse la minutie jusqu’au tri optique, et vinifie en cuves en inox thermorégulées pour plus de précision, avec une faible dose de sulfites.

En attendant de pouvoir déguster le millésime 2019, la cuvée Haut-Guiraud 2016, assemblage à 80 % merlot et 20 % cabernet sauvignon vinifié et élevé en cuve, se dévoile souple et fruitée, avec une trame croquante sur la groseille, une belle longueur tout en fraîcheur, et une légère touche saline (7,20€). Le domaine propose également une cuvée prestige, produite “avec les mêmes exigences que les grands crus”, baptisée “Péché-du-Roy”, en l’honneur de l’histoire de Haut-Guiraud avec Louis XIV. Issue d’une sélection parcellaire, elle intègre 70% de merlot, 20 % de cabernet sauvignon et 10% de l’emblématique cépage des Côtes-de-Bourg carménère, vendangés et triés manuellement, avant un élevage de 14 mois en barriques neuves. A la clé, un vin (2016) au nez floral, chocolaté, épicé, gourmand et croquant en bouche, sur la cerise noire, au beau volume et aux tanins suaves bien intégrés, ponctué d’une légère touche toastée en finale (14,20 €). Le domaine propose aussi un rosé, et, tous les millésimes depuis quatre ans, pour célébrer les vendanges, convie amis et clients à une matinée de récolte à la main avant de dévoiler lors d’un déjeuner sa “cuvée des vendanges”. Le millésime 2019 de ce 100% merlot, élevé 8 mois en barriques, sorti à seulement 500 bouteilles, est en vente à la propriété (5€). Vous ne pourrez pas le rater, avec son étiquette “sortant des codes visuels classiques du domaine”, représentant Napoléon, le Saint-Bernard de la maison… Une autre figure illustre après Louis XIV !


Photos Stéphanie Mora