(photos E. Bergmann)
(photos E. Bergmann)

Les vendanges au Château Montrose sont l’occasion de porter un regard sur la stratégie environnementale mise en place par les équipes de ce Grand Cru Classé 1855 de Saint-Estèphe, avec notamment le recyclage du CO2 qui se dégage des cuves. Les propriétaires Martin et Olivier Bouygues se donnent les moyens pour que ce Château soit à la pointe d’une viticulture responsable. C’est-à-dire ?

Ce mardi 24 septembre, des averses intermittentes viennent stopper les vendangeurs. La directrice du vignoble Patricia Teynac demande alors à son armée d’Espagnols d’effeuiller la vigne en attendant un temps plus clément et poursuit sa route jusqu’au compost de la propriété. Être en charge du vignoble à Montrose, c’est aussi chapeauter l’ensemble du domaine. “Nos parcelles font partie d’un tout avec les parties boisées, les kilomètres de haies que nous plantons, notre culture d’osiers, le verger, le potager, on privilégie l’expérimental à l’esthétisme, nous souhaitons être en totale autonomie”, précise-t-elle.

Valoriser le CO2

Depuis l’ère Bouygues, Montrose, c’est aussi des hôtels à insectes, des nichoirs, des alpagas et des moutons, la station d’épandage, ou encore le composteur qui ont vu le jour et qui, au final, peuvent même faire réaliser des économies. Il y a du bon sens mais aussi des moyens considérables dans ce coin rêvé de Saint-Estèphe. Des tracteurs électriques sont de plus en plus à l’essai et le puits de géothermie comme les 3000 mètres carrés de photovoltaïque assurent une autonomie en terme énergétique. La dernière expérimentation en date est le procédé de valorisation du CO2 en le récupérant à la sortie des cuves de vinification pour en faire du bicarbonate. “Nous sommes à l’état de recherches, nous sommes pionniers en la matière, nous récoltons déjà 15 tonnes de bicarbonate de sodium et de potassium, c’est très bon pour notre bilan carbone, l’objectif est de capter 100% des dégagements”, explique le directeur du chai et de la RD (Recherche et Développement) Vincent Decup. Cette expérimentation comprend naturellement le débouché de ce bicarbonate qui peut être utilisé au chai comme détergent ou encore alimenter – c’est à l’étude – le marché de production de spiruline. Cette stratégie globale nous amène forcément à la question du vin bio.

La question du bio

Alors que petit à petit, les voisins Pontet Canet, Latour, le Château de Côme – le premier labellisé de Saint-Estèphe -, désormais Pédesclaux choisissent la certification officielle, le non moins prestigieux Château Montrose n’est pas totalement convaincu. “On ne sait pas encore si nous allons nous soumettre à un cahier des charges que nous ne trouvons pas parfait et c’est difficile de faire bouger les choses”, explique la direction de la communication Hélène Brochet. Depuis 2013, des mesures sont engagées pour préparer le terroir à une conversion à une viticulture biologique. C’est le souhait des frères Bouygues et l’objectif annoncé de la vendange 2019 est d’être à 100% bio. Sur le millésime 2018, avec la forte pression du mildiou, la part de bio fut de 70%… “Le bio est un ensemble, la première motivation fut de protéger le personnel puis le consommateur pour que nos vins n’aient aucune trace de pesticides, on essaye d’aller plus loin, je pense notamment à l’utilisation de graminées pour exporter le cuivre des sols”, précise Vincent Decup. Les efforts mis en œuvre sont colossaux et ne laissent aucun doute sur la sincérité des équipes du Château Montrose mais le refus de la certification reste la porte ouverte à ce que la communication, chez des propriétaires moins scrupuleux, supplante les actes.

Du carrelet de Martin et Olivier Bouygues, perché sur l’estuaire avec ses longs pieux en bois semblables aux pattes d’éléphants de Dali, on entend déjà les grondements du débat qui fait rage. Dans le landerneau du vin, du producteur au consommateur, être bio ou ne pas être est sur toutes les lèvres.