S’il y a des années qui ont été saccagées par le gel et autre grêle, 2022 et sa sécheresse ont laissé planer le doute quant à la récolte. Résultat ? Excellent ! Direction Savennières, sur les terres des grands crus de l’Anjou noire.

Le soleil tape fort sur les ceps de chenin. Ce cépage a la particularité d’avoir différents stades de maturité possibles au sein d’une même grappe, les vendanges se font donc toujours en plusieurs passages. Au Domaine aux Moines, qui s’étend sur 12 hectares dans l’appellation savennières-roche-aux-moines, les vendanges ont débuté la semaine dernière. Tessa Laroche, vigneronne et propriétaire de ce vignoble, est à son poste dans la cave prête à accueillir la récolte. « Cette année nous a tenus en haleine ! Des températures trop élevées en février, un débourrement précoce suivi du classique gel de printemps pour finir sur cet été de sécheresse… Mais la récolte est là, avec de belles baies bien saines. Je suis contente car le rendement et la qualité sont au rendez-vous, reste plus qu’à œuvrer en cave. »

Acidité et alcool : une problématique de cave

Si les températures caniculaires n’ont pas altéré la récolte, elles ont occasionné une précocité de maturation et donc des vendanges. Vianney de Tastes, directeur du Château Soucherie, confirme ce calendrier. « Le planning a nécessairement changé. Cette année, nous avons récolté le savennières trois semaines avant l’année dernière. C’était nécessaire car sinon on perd l’acidité qui fait l’identité de notre cuvée. » Une problématique que partage Tessa Laroche : « J’ai déjà mon idée ! Je sais comment élever et assembler les parcelles afin de conserver cette tension inhérente au chenin que je souhaite faire. Puis il y a l’acidité, mais aussi l’alcool ! Faire des vins à 14° ce n’est pas ce que je recherche. Le temps des vendanges est donc important, mais que la récolte reste au frais et soit pressurée immédiatement est capital ! »

Quelles vendanges pour quel type de vins ?

Il existe autant de vins que de vignerons. Le final n’est que la résultante d’une multiplicité de choix. Au Domaine aux Moines, sur un beau terroir qui bénéficie d’un microclimat favorable à la culture de la vigne, Tessa Laroche cultive ses vignes en bio et biodynamie. Les vendanges se font à la main et en caisses, la récolte est rigoureusement triée afin que les baies arrivent le plus sainement possible au chai. Celles-ci sont immédiatement placées dans un pressoir pneumatique qui permet un pressurage doux et donc une extraction de grande qualité. Les moûts font ensuite un rapide passage en cuve inox avant d’être débourbés puis, pour la plupart, d’être placés en barriques ou en foudres pour un élevage minimum de 12 mois. Les vins sont d’une grande finesse et s’équilibre parfaitement entre fruit, tension et alcool. « Je cherche à faire de vins de gastronomie qui restent digestes et fins. » Pari réussi pour Tessa qui se félicite du millésime à venir. On attend avec impatience de pouvoir découvrir ce nouveau millésime !

D’un même terroir un autre vin

Sept hectares. C’est la surface de la « petite » appellation savennières-coulée-de-serrant, monopole de la famille Joly, mitoyenne avec les vignes de Tessa Laroche. Ce domaine possède également 11 hectares en appellations savennières et savennières-roche-aux-moines. « On a commencé les vendanges ce matin, toujours une semaine après Tessa », souligne Virginie Joly, vigneronne de cette appellation. « Nous aurions pu attendre encore un peu estime Nicolas Joly, son père. Nos vignes sont conduites en biodynamie depuis 43 ans et je suis heureux de constater que la récolte et la qualité sont au rendez-vous, malgré les aléas climatiques qui ne nous ont pas épargnés cette année. Le rendement aussi est bon, on devrait être autour de 20 hectolitres contre 10 en 2019 à cause du gel. » Ici les grappes sont récoltées en surmaturité car les vins proposés sont opulents, très intenses en termes d’arômes et d’alcool. Après le pressurage les moûts sont immédiatement mis en barriques, sans débourbage, ce qui fait la marque gustative de ce domaine.

Le temps de la récolte est prometteur, vivement celui de la dégustation qui n’en sera que meilleur !