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[Vendredi Spi] Le blend quadra de Nikka 

Auteur

Rachelle
Lemoine

Date

18.09.2026

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Créé en 1985 au pays du Soleil-Levant, Nikka From The Barrel a introduit le whisky japonais auprès de bon nombre de consommateurs français. Dans son iconique petite bouteille carrée, ce blend de plus de 100 whiskys se veut un hommage au fondateur de la marque, pour qui l’assemblage était la raison d’être du whisky

Quinze ans après sa création au Japon, Nikka From The Barrel est lancé en France. On est au début des années 2000 et les Français ont déjà acquis leur réputation de grands amateurs de single malt écossais. Alors, face à un blend, de surcroît nippon, quelle va être leur réaction ? « Le succès n’a pas été immédiat, rappelle Salvatore Mannino, expert de La Maison du Whisky à Paris. Il faut attendre 2010 pour constater un véritable engouement à la suite de différents prix prestigieux remportés par la marque, en particulier en 2002, avec le titre de “meilleur blended whisky au monde” pour son Taketsuru 17 ans, puis à nouveau en 2007 pour la version 21 ans. Mais Nikka From The Barrel est en quelque sorte le blend qui fait réviser l’avis que les Français peuvent avoir sur cette catégorie. »

Une recette très complexe 

À cette même époque apparaît sur le marché français un de ses compatriotes, le célèbre Hibiki de Suntory, lancé en 1989 au Japon à l’occasion des 90 ans du groupe, et qui devient également le chouchou des Français. Mais ce qui caractérise plus spécifiquement le blend de Nikka est son titrage en alcool, à plus de 50 % (51,4 exactement), et cette mention « From The Barrel » qui pourrait laisser croire aux non-initiés qu’ils sont en (bonne) compagnie d’un « brut de fût » ou « cask strength » pour les anglophones – c’està-dire mis en bouteilles tel quel à la sortie du fût, sans réduction de degrés. Il n’en est pourtant rien.

Ce dernier est le fruit d’un assemblage de nombreux fûts d’une centaine de whiskys différents, dont une base de whisky de grains (principalement du maïs) distillé en alambic Coffey et de divers whiskys de malt des distilleries Miyagikyo et Yoichi, dans le giron de Nikka. Il est également possible (sans en avoir la confirmation) qu’il contienne des whiskys écossais de la distillerie Ben Nevis, qui a rejoint le groupe japonais en 1989. Une fois cet assemblage réalisé, il est mis en cuves pour s’y reposer deux à trois semaines. Puis est à nouveau placé dans d’anciens fûts de sherry de type « puncheon » (d’une plus grande contenance et plus trapu que le « sherry butt ») et patiente encore trois mois avant sa mise en bouteilles, d’où la mention « From The Barrel ».

Miyagikyo Distillery
Taketsuru Masataka

Une édition spéciale pour les 40 ans 

Pour célébrer ce 40e anniversaire, la maison propose une version « Extra Marriage » de ce dernier, pour laquelle l’assemblage classique aura reposé six mois au lieu de trois dans ces derniers fûts. Il s’en dégage une fraîcheur et une vivacité accrues par rapport à la version classique, enrichies de notes réconfortantes de toffee, l’ensemble porté par une puissance et une profondeur remarquables. « Lorsque Masataka Taketsuru, le fondateur de Nikka, a fait son apprentissage du whisky en Écosse à la fin de la Première Guerre mondiale, les blended scotch étaient embouteillés à un degré aussi élevé que Nikka From The Barrel, précise Salvatore Maninno. À cette époque, on les consommait allongés d’eau de Seltz ou agrémentés de citron et d’eau chaude. »

Cette habitude de consommation se trouve aujourd’hui encore largement répandue au Japon, où les consommateurs privilégient sa dégustation en highball (allongé d’eau pétillante) ou en mizuwari (avec de l’eau plate). Ce degré élevé permet de préserver les arômes venant des substances les plus délicates (volatiles). « C’est, entre autres, ce qui va permettre à Nikka From The Barrel de trouver grâce aux palais des Français, qui auront l’impression d’avoir affaire à autre chose qu’à un blend », poursuit-il. Et d’apprécier qu’un grand whisky puisse être aussi le fruit d’un assemblage.