Ci-dessus : les vignerons de la master class Carignan.
Ci-dessus : les vignerons de la master class Carignan.

Après Bordeaux, c’était au tour du Languedoc de fêter son millésime 2015 la semaine dernière pendant l’événement « Terroirs et Millésimes en Languedoc ». Beau partout et généreux en quantité, il a été dégusté par 80 journalistes venus de 20 pays différents. Bilan d’une semaine effrénée.

De dimanche au vendredi, ce fut le même rythme endiablé :
– 7 heures, le réveil sonne, après la douche vous lavez vos dents où subsiste encore le reflet bleu de la dégustation de la veille.
– 8h30, petit-déjeuner avec vos collègues belges, allemands, anglais, américains, tchèques… Dès l’aube on parle vin et dans toutes les langues.
– 9 heures, dégustation : trois ou quatre appellations présentent tour à tour leur production chaque jour, en blanc, en rosé et surtout en rouge. Rythme moyen : entre 150 et 200 vins si vous voulez tout goûter. Hop ! hop ! soit on trie soit on se presse car…
– 11 heures, master class (carignan, clairette du Languedoc, vieux millésimes… il y en eut pour tous les goûts !).
– 12h15, déjeuner et départ en expédition à la rencontre des terroirs du Languedoc, appellation par appellation, en 2CV, en 4×4, en kayak…
– 17h, retour à l’hôtel, brossage des dents noires de tannins avant le dîner.
– 23h, au lit après un dernier brossage car le noir de vos dents a viré au curieux reflet bleu…
Et le lendemain rebelote. Au point qu’on se retrouve le samedi matin fort dépourvu : où sont mes copains tchèques, allemands, belges… ? Où est mon crachoir ? Il est déjà 10 heures et on n’a rien dégusté, hop, hop ? Mais il reste les souvenirs des temps forts !

Master classes superstar
Nous vous avons parlé de la Clairette, je vous dirai juste un mot sur le Carignan et les vieux millésimes.
Le Carignan, cépage emblématique des heures sombres des vins du Languedoc, il a inspiré des héros de la contradiction : une cinquantaine de vignerons (dont le journaliste Michel Smith, auteur des Carignan Stories) ont créé l’association Carignan Renaissance, pour montrer, à force de dégustations, que ce dernier peut donner de grands résultats. Une délégation de cette association est venue nous porter la bonne parole : « le Carignan est condamné à l’élégance », a résumé John Bojanowski, vigneron avec sa femme Nicole au Clos du Gravillas.
John était venu avec Sylvain Fadat, du domaine d’Aupilhac à Montpeyroux, qui a misé sur le Carignan dès 1995 et nous a fait déguster son 2002 et son 2000 (deux millésimes radicalement différent, le 2000 encore solaire, le 2002 tout en finesse).
Alors que Sylvain Fadat est sur des argilo-calcaires (qui confèrent une savoureuse opulence à ses carignans) et que John Bojanowski travaille sur de durs calcaires blancs, qui leur donnent une droiture affirmée, les vignes du domaine de Cébène de Brigitte Chevalier sont implantées sur des sols de schiste, à Faugères. Drainant et friables pour le passage des racines, le schiste révèle dans les carignans de Brigitte Chevalier une profondeur de fruit et un croquant de jus qui sont une autre expression du cépage. Enfin, Daniel Le Conte des Floris a ouvert le bal avec son Carignan blanc, Lune Blanche 2014 et refermé avec Lune Blanche 2001, une vibrante démonstration des qualités de garde du Carignan blanc.

Quant à la master class sur les vieux millésimes, elle a rassemblé les millésimes 2006 des domaines la Bergerie du Fenouillet, Clos Marie (les Glorieuses), les Aurelles (Solen), Pech Redon (l’Epervier) et Peyre Rose (Marlène n°3). Jean-Philippe Granier, qui animait la dégustation, avait prévenu : « j’ai choisi de vous faire déguster de grands vins de dix ans pour vous démontrer à quel point ils en ont encore sous la pédale. » A l’arrivée pari réussi, avec des vins auxquels il reste un fruit frais paré de notes d’évolution vers les épices douces sur des tannins velours, chacun dans son style et sa personnalité. Mentions spéciales au très grand Clos Marie, indéboulonnable précurseur jamais désavoué par la qualité de ses vins, et à l’Epervier du Château Pech-Redon, merveilleux de complexité et de fraîcheur à La Clape.

Glorieuse collection à la Livinière

En Minervois, le cru La Livinière sera défendu et illustré en 2016 par une Collection de neuf vins sélectionnés par trois jurys (qui en ont distingué trois chacun). Un jury de journalistes, présidé par notre rédactrice en chef Sylvie Tonnaire, a élu La Féline de Borie de Maurel 2014, le Domaine La Siranière 2013 et la Cantilène du Château Sainte-Eulalie 2013. Le jury des sommeliers a distingué les dispositions aux accords mets-vins du Clos des Centeilles 2001 (frais comme une rose) et 2010 ainsi que du Château Fauzan, l’Aldène, 2013. Enfin, le jury des vignerons « si durs et exigeants avec leurs vins » a précisé Bertrand Cros-Mayrevieille Responsable de la Maison des vins, ont élu le Château Cesseras 2012, le Domaine Borie Blanche, Terroir d’Altitude 2013 des Vignobles Lorgerilet le Château Laville-Bertrou 2013 de Gérard Bertrand.

Et le 2015 dans tout ça ?

D’appellations en appellations, jour après jour, le constat de la grande qualité du millésime 2015 est unanime chez les producteurs. C’est un peu le jeu de ces dégustations en primeur… mais on sent cette année un réel enthousiasme : oui il a fait chaud mais l’eau est arrivée à temps en août et le millésime est très équilibré. Une belle brochette de jeunes vignerons – Olivier Ramé, domaine de Ventenac ; Benjamin Baudry, Château Auzias ; Pascal Gianesini, Château Jouclary) était venue présenter les Cabardès 2015 et constatait « c’est un grand millésime. Quand il y a eu blocages de maturité, il a fallu résister en cave à la tentation de trop extraire. Mais pour ceux qui ont su travailler avec douceur et patience, le résultat est très beau, à la fois généreux et très frais »