Anne-Laure Sicard (à droite) du Mas Lasta. Photo JC Gutner
Anne-Laure Sicard (à droite) du Mas Lasta. Photo JC Gutner

Wine Paris a décidé de donner un coup de pouce à de tout nouveaux vignerons, en leur dédiant un espace groupé, avec des stands à tarif préférentiel.

Qui dit jeune vigneron ne dit pas âgé de moins de quarante ans (à l’instar du critère en vigueur du côté de la législation française), mais installé depuis cinq ans au plus.

Beaucoup de jolies pépites, et beaucoup de jeunes vignerons installés en Languedoc, ce qui met en avant les tendances sociologiques au sein des vignobles en plein essor, dont fait partie le Languedoc, aux côtés du Beaujolais, de la Loire et d’autres.

En plus de cette spécificité géographique apparaît un indicateur sociologique révélateur : de nombreux vignerons sont des « reconvertis », ayant anciennement officié sur des postes financiers, marketings, en grande ville, et ayant décidé de tout plaquer (après préparation et mûre réflexion) pour changer d’air à tous les niveaux.

Voici nos coups de cœur pour cette jeune génération, avec un focus sur l’appellation Terrasses du Larzac.

Nova Solis

Romain Benet a fondé son domaine en 2016 avec son épouse, baptisé « Nova Solis » en hommage à changement de vie qui résonne comme une renaissance pour eux. Situé à Jonquières, ils ont racheté des vignes à un coopérateur local, qui les cultivaient en agriculture conventionnelle, pour en faire des parcelles qui seront certifiées en bio d’ici 2020.
Tous les deux paysagistes à Paris pendant leur première vie, le Languedoc, et spécialement les Terrasses du Larzac, était un choix assez évident pour eux, d’une part en raison de la disponibilité des terrains et des vignes, et d’autre part par le charme d’une qualité de vie indéniablement meilleur qu’à la capitale.
Avec une gamme déclinée selon les mouvements solaires, de l’aube au crépuscule, ils ont de quoi séduire.
Syrah, grenache et carignan composent un rosé friand aux arômes vifs de petits fruits rouges : la gourmandise s’invite dès le matin avec cette cuvée « Aube », à 8€. Le meilleur moment de la journée sera au « Zénith », du nom de la cuvée abritant un assemblage majoritairement syrah, agrémentée de grenache et de carignan, ayant connu un élevage en foudres, et donnant un vin bien équilibré et très plaisant, avec de la fraîcheur, de la souplesse, très sapide, beaucoup de fruits et une finale tendue qui relève le tout.

Mas Combarela

Même gourmandise concentrée et complexe chez Olivier Faucon et son épouse, qui ont crée le Mas Combarela en 2016. Également ex-parisien, en tous cas pour lui, et ancien professionnel du marketing, c’est un amour conjugué du vin et de la bande dessinée qui a tout déclenché. Olivier a un jour eu entre les mains la BD « Les Ignorants », et ce fut le déclic : si, c’est possible de devenir viticulteur, sans avoir un héritage de pratiques et/ou de patrimoine. Tombé amoureux des vins de la région et ayant appris notamment chez Cal Demoura, il a naturellement trouvé des vignes pas très loin, elles aussi anciennement cultivées par un coopérateur local.
C’est la cuvée « Clos Secret » qui nous a particulièrement séduit : issue de vieilles vignes de Cinsault, cachées au milieu des bois où il faut emprunter un passage presque secret pour y accéder. Olivier a voulu mettre en avant les caractéristiques du cépage Cinsault comme du terroir, et le Clos est une oasis gourmande, digeste, mais concentrée, avec une expression de fruits noirs tout en fraîcheur (16€ prix domaine).
Et pour honorer la petite histoire à l’origine du domaine, n’hésitez pas à goûter la cuvée « Ode aux ignorants », clin d’œil à la BD, dotée de notes iodées provenant clairement des sols aux calcaires datant du secondaire (calcaires marins), et des fruits noirs concentrés (20€ prix domaine).

Mas Lasta

Dernier tour de piste au Mas Lasta, chez une native qui a toujours voulu faire du vin. Anne-Laure Sicard est passé par Montpellier pour son DNO, puis a mis en œuvre ses connaissances en Australie, Amérique du Sud, au Canada et bien d’autres, avant de s’installer en Terrasses du Larzac, qu’elle voulait depuis le début pour s’installer.
Son point commun avec les vignerons précédents : elle a trouvé des vignes anciennement exploitées par un coopérateur local.
Sa particularité est de produire un vin blanc issu de grenache noir : son blanc de noir à elle, ni effervescent ni champenois.
Produit en Vin de France, les arômes anisés et la finale saline sont très charmants (18€ prix domaine).
Quant à sa cuvée produite en appellation Terrasses du Larzac, le 2016 se révèle extrêmement gourmand mais aussi concentré, avec une jolie trame tannique et une belle fraîcheur, à l’identité double, à l’image de son environnement naturel, rappelé sur l’étiquette avec le loup et la brebis.