Photos Frédérique Hermine.
Photos Frédérique Hermine.

Antoine Médeville a rassemblé cette semaine à Paris une quinzaine de ses clients pour une présentation des millésimes 2010, 2012 et 2013. Uniquement des Médocains, sur la centaine de clients référencés au laboratoire de Pauillac (200 au total sur les sept labos de l’œnologue conseil).

Antoine Médeville ne veut que des clients bordelais au sein de son laboratoire Oenoconseil, pas par chauvinisme mais « parce qu’on ne peut pas être partout et spécialiste de tout. Et nous fonctionnons par secteur géographique – moi, je m’occupe du Médoc et des Graves, sinon ça ne serait pas tenable en temps pour passer sur les propriétés ». Car cet homme modeste et tranquille aime suivre de près les propriétés, du raisin à la bouteille, répondant aux attentes des propriétaires, vins plaisir ou de garde (ou les deux) mais toujours en discutant avec eux et les maîtres de chai afin d’expliquer les choix possibles. « L’avantage est que je fais en une année souvent plus de vinifications qu’un producteur en une vie » précise-t-il. Il l’a d’ailleurs rappelé en souriant à Henri Duboscq du château Haut-Marbuzet, l’un de ses plus vieux clients (depuis 1998) qui lui annonçait fièrement qu’il en était à sa 50ème vinification. Lui, c’est son rythme annuel ! Ce qui ne l’empêche pas de se tromper « car on n’a pas toujours toutes les solutions et il est passionnant d’apprendre encore et toujours et d’avoir à résoudre un problème ». Antoine Médeville s’attache à éviter les certitudes et les a priori ; il a d’ailleurs opté pour des dégustations à l’aveugle des vins par parcelle et pour choisir fûts et barriques, « afin de ne pas être influencé pour les parcelles dont on connaît le potentiel et pour ne pas être accusé d’accointances particulières avec les tonneliers ».

Les nouveaux venus

L’oneologue-conseil avait choisi de présenter une sélection de bouteilles de 2012-2013 à la dégustation, 2010 à table, « un millésime exceptionnel, à mon sens le plus beau depuis 30 ans en termes de rapport volume/qualité. 2012 était plus délicat, 2013 un millésime de vignerons particulièrement compliqué qu’il faut goûter et évaluer au cas par cas, mais en général moins concentré et facile à boire ». C’est le premier millésime officiellement suivi par le cabinet pour les Châteaux Tour de Castillon et Caronne Saint Gemme.
Tour de Castillon est une propriété familiale de 42 ha en appellation Médoc. « Nous avons fait appel à Antoine Médeville à cause d’un problème dans une cuve qu’il nous a aidés à récupérer et il continue à nous accompagner, notamment pour l’extension de la propriété qui vient de doubler de superficie et sur laquelle nous voulons produire 2 crus bourgeois au lieu d’un, explique Sébastien Peyruse. Il chapeaute tout le travail à la vigne, on suit ensemble les vendanges et il passe deux fois par semaine pour les vinifs mais il nous a surtout aidés à mieux exprimer la croupe graveleuse de la propriété en bout d’estuaire ».
Pour Caronne Saint Gemme, également l’un des clients les plus récents, il s’agissait de « recréer avec un autre consultant œnologue, Olivier Sèze (l’ex-propriétaire de Charmail), une équipe qui fonctionne bien et de partir de la meilleure qualité de grappe possible pour faire un grand vin, tout en finesse et sans surextraction car nous sommes convaincus que nous avons un grand terroir à cabernet » commente le propriétaire François Nony.
Pour le dernier arrivé dans le portefeuille du cabinet, Château Tour Sieujan (8 ha en Pauillac et Haut-Médoc), il faudra attendre le millésime 2015 pour voir les premiers résultats. Antoine Médeville, avec son franc parler habituel, ne parle d’ailleurs pas, comme beaucoup, du millésime du siècle : « C’est un très bon millésime sur le fruit avec de belles matières mais pas exceptionnel, sans doute à cause des dernières pluies de septembre. Mais il donnera des vins de garde d’un bon équilibre tannins-fraîcheur ».