Vendredi 6 juillet, Miren de Lorgeril a pris officiellement la présidence du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, inscrivant son mandat dans la continuité et déjà, un certain panache dans la feuille de route annoncée. C’est, en France, la seule femme à la tête d’une interprofession viticole.

Les dés étaient déjà jetés, le collège des metteurs en marché ayant proposé à l’unanimité, le 12 juin, la candidature de Miren de Lorgeril à la présidence du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL). Mais la surprise reste de taille, cette mandature officialisée vendredi 6 juillet à l’issue de l’assemblée générale de l’interprofession, intronisant la propriétaire du château de Pennautier dans l’Aude, comme seule femme à cette responsabilité en France. Selon la règle de l’alternance, Miren de Lorgeril fait suite à Xavier de Volontat, président sortant issu du collège des producteurs.

Adoubée par Gérard Bertrand

« Étant à la base productrice, je n’avais pas pensé assumer une telle mission, s’est exprimée Miren de Lorgeril ce vendredi. Gérard Bertrand à qui je demandais de se mobiliser m’a répondu : moi, non, mais toi, oui ! ». La femme d’affaires dirige depuis 25 ans la maison de négoce et les cinq propriétés de la famille Lorgeril, installée dans la région depuis la fin du XVIe siècle, à Pennautier à 5 km de Carcassonne, soit près de 3 millions de bouteilles vendues dans 33 pays, pour 600 hectares de vignoble (dont la moitié en propriété).

Et c’est justement la force de cette candidature à deux visages, qui représentera à la fois les intérêts de la production et du négoce. « Aujourd’hui, 55% des AOC du Languedoc sont vendues par des metteurs en marché directs, c’est-à-dire des négociants qui sont eux-mêmes producteurs. Ils parlent le même langage, étant des deux côtés de la balance », indique Miren de Lorgeril.

Premiumisation des vins du Languedoc

Visiblement très à l’aise avec ces nouvelles fonctions, cette titulaire d’un Master de droit de la vigne et du vin, pendant trois ans présidente de l’appellation Cabardès – poste qu’elle abandonne -, va donc représenter les intérêts de 2700 entreprises, sur un vignoble de 70 000 hectares. Pas un mince chantier, mais la feuille de route est ambitieuse : économiquement d’abord, afin de poursuivre la stratégie de prémiumisation des vins du Languedoc, accélérée en 5 ans, les 5 € et plus représentant actuellement des segments dynamiques en grande distribution (GD). Avec une nouvelle année record en 2018 pour les exportations en valeur des AOC (+1, 6% versus 2017 soit un chiffre d’affaires de 210 674 K€). Et une percée spectaculaire des rosés, en progression de 23% en 2018. « En une génération, le Languedoc a fait le travail de deux générations en termes de qualité, s’enthousiasme Miren de Lorgeril. On parlait autrefois de seuil fatidique de 3 euros le prix bouteille en GD, on a cassé un premier plafond de verre avec une valorisation au-dessus de 5 euros. Et dans le réseau CHR, un AOP Languedoc se commercialise à présent entre 10 et 15 euros. »

Communication accrue autour de la hiérarchisation

Il s’agira donc pour la présidente de poursuivre ces efforts, en boostant la communication autour de la mise en valeur de l’appellation socle Languedoc, avec une visibilité accrue sur la hiérarchisation des 23 appellations d’origine contrôlée et 13 dénominations régionales. « L’ensemble du Languedoc, c’est une famille et chaque appellation c’est un enfant avec un prénom. La communication autour de la visibilité de cette segmentation doit se poursuivre », indique la présidente du CIVL.

Responsabilité sociétale des exploitations, pratiques agro-environnementales, réflexions autour du dépérissement du vignoble et des maladies du bois de la vigne, cépages résistants, etc., le volet agro-environnemental s’inscrira aussi au cœur de cette présidence. Avec une attention particulière portée sur le développement de l’œnotourisme. « J’ai été impressionnée en voyageant dans le monde pour vendre mes vins, de voir que la culture du vin y est à la fois culturale et synonyme d’accueil à la propriété, explique Miren de Lorgeril. Quand vous arrivez à San Francisco, on vous remet une carte de San Francisco Wineyard qui est à une heure de distance ! En Languedoc, cette dynamique est à l’œuvre, on a ramené de la vie, de la dynamique et de la valeur ajoutée sur notre territoire en multipliant les initiatives et l’on aura toutes les raisons dans les années qui viennent de faire progresser cela. »

Un bureau renouvelé

Pour parvenir à ces objectifs, la nouvelle présidente a constitué une équipe renouvelée : 25% de nouveaux venus au conseil d’administration, un bureau féminisé avec la nomination de quatre femmes (contre zéro auparavant) et une équipe de jeunes vigneron(ne)s. « J’ai souhaité mettre un signe fort de rajeunissement afin d’envoyer un signal à la profession viticole, pour que l’ensemble des adhérents réalisent que cet outil, le CIVL, est là pour eux, explique Miren de Lorgeril, concluant sur une promesse d’unification : J’aimerai partir dans trois ans et que les vignerons aient tous les éléments pour parler le même langage. Nous sommes tous sur le même bateau. »