Vignoble septentrional, pas toujours réputé sur les démarches environnementales, la Champagne met les bouchées doubles. Avec rien de moins que 100% du vignoble certifié à objectif 2030.

C’est un point sur lequel le président des maisons de négoce tout comme celui des vignerons sont d’accord. Lors du dernier grand rassemblement de filière, ils ont annoncé d’une seule et même voix un objectif zéro herbicides d’ici 2025 et 100% des entreprises bénéficiant d’une certification environnementale d’ici 2030.

Les objectifs sont forts, mais selon les deux présidents, possibles. La question des herbicides ne s’est pas vraiment posée dans une année sèche comme 2018. Or ces années sont statistiquement de plus en plus nombreuses et même dans les millésimes plus humides, les nouvelles techniques agronomiques et le travail du sol proposent des alternatives toujours plus satisfaisantes.

Question certifications environnementales, l’objectif est plus ambitieux. Mi-2018, 13 % des surfaces soit 4500 ha étaient certifiés Viticulture Durable en Champagne (VDC). Les nouveaux chiffres officiels viennent de tomber : 335 exploitations, soit 15 % des surfaces de l’appellation sont désormais certifiés VDC.

A ce référentiel spécialement développé par et pour la Champagne s’ajoute le label national Haute Valeur Environnementale (HVE) plus généraliste (70 exploitations viticoles champenoises sont exclusivement HVE, sans être dans le même temps VDC). A quoi s’ajoutent une quarantaine d’exploitations sous le label Terra Vitis. Enfin la progression du bio se confirme avec plus de 180 exploitations certifiées et 2,5 % des surfaces (en route vers 2,8 % vus d’importants potentiels en cours de conversion). En bout de calcul, la Champagne dénombre plus de 600 exploitations certifiées sur diverses démarches environnementales. Elles représentent aujourd’hui 20% de ses surfaces, soit 1/5e de l’objectif à atteindre en 2030.

Démarche collective de certification individuelle

La tendance s’accélère, notamment grâce à la « certification individuelle par voie collective ». Cette démarche, mise en place en 2017 par l’interprofession, permet une certification (qui reste propre à chaque exploitation) mais selon un processus commun où l’on se « serre les coudes ». « Il y a une solidarité à mettre en place afin que cette démarche soit moins lourde pour chaque vigneron, explique Laurent Panigai, directeur général adjoint au Centre Vinicole Nicolas Feuillatte (4500 vignerons en 82 coopératives, 2100 ha de vignoble). Deux techniciens se consacrent à cette action. Notre rôle d’union de coopératives est d’apporter une intelligence collective et de faciliter pour les vignerons l’accès à l’information et aux ressources administratives. »

Lanson, Mumm Perrier-Jouët, Krug et de nombreuses autres maisons ne sont pas en reste. Elles incitent elles aussi leurs apporteurs à se lancer dans une démarche environnementale, quitte à leur apporter des ressources d’accompagnement et/ou une prime financière incitative. Dans les communes à forte identité comme Rilly-la-Montagne, les vignerons se regroupent eux-aussi dans des collectifs de village pour mieux aborder ensemble les démarches (mise en place d’une traçabilité, documentation associée) et rationaliser les coûts.

Autant d’éléments qui donnent bon espoir sur le cap 2030 !

Ci-dessous : Mailly Grand Cru est la première union de producteurs à avoir lancé la démarche collective de certification individuelle. Le 17 juin prochain, ce seront 26 exploitations qui seront certifiées.