2,1%, c’est le pourcentage des surfaces exploitées en viticulture biologique en Champagne. 37% celui de la progression du nombre de domaines convertis depuis 5 ans. Si l’un des chiffres est plutôt faible pour la filière, l’autre est davantage révélateur. Terre de Vins a sillonné les terroirs à la recherche de ces vignerons « bio » et « biodynamiques » qui se détachent et livrent leurs interprétations idéologiques de cette viticulture qui sommeille encore. Second portrait : Colette Bonnet « Bio » par nature.

Colette Bonnet, comme le pinot noir, c’est une femme avec du caractère. Seule sur ses 2,3 hectares sur la Côte des Bar, terroir de prédilection du raisin noir. « Je suis au four et au moulin, ma vie, c’est mes vignes ». Mère de 3 enfants, qui ne reprendront pas l’exploitation pour le moment, elle n’en garde pas son optimisme légendaire et continue de soigner ses parcelles comme elle l’a toujours fait. Curieuse et touche-à-tout, elle a été élue à la Chambre d’Agriculture de l’Aube en 1995, membre du Conseil d’administration de l’association des agriculteurs biologiques de l’Aube, et est aujourd’hui toujours membre du conseil d’administration de l’association des champagnes biologiques (ACB), trésorière de l’association CAP’C qui œuvre pour la promotion du vignoble de Champagne et entame son 3ème mandat de maire de son village endossant aussi la casquette d’apicultrice. « Le miel, j’ai baigné dedans, mon père avait des ruches, c’est un trésor de la nature. » La nature, elle aime et la préserve.

Dans ses parcelles sur la commune de Noé-les-Mallets, dans le giron de Troyes, ses yeux écarquillés témoignent de l’affection et du respect qu’elle porte à ses sols. « Nous avons la chance d’avoir sur ce terroir des sols sains qui se sont formés sur la pierre, les dénivellements de terrain sont uniques, mes vignes puisent dans la minéralité de la roche. » Petit village de 120 âmes, le paysage qui le délimite avec les autres communes a la particularité de dessiner un « cirque » formant des reliefs abrupts qui se rejoignent en formant un cercle. Au plus haut point sur le Plateau de Blu (357m) on peut voir à l’horizon la commune de Colombey-les-Deux-Églises à travers les vallonnements de ce spectacle naturel.

Colette connaît tout d’eux, elle en connait les subtilités, l’approche, leurs particularités…
« Mes sols m’apprennent tous les jours à préserver la vigne qui s’enrichit de leurs essences de leurs minéraux, travailler un sol en viticulture biologique est une volonté mais avant tout du bon sens. Je suis née avec. »

Trois cuvées révélatrices de ce terroir singulier sont ainsi commercialisées.
« C’est une toute petite production de 5000 bouteilles, je me suis lancée il y’a peu à faire mes propres cuvés, j’ai la chance d’être sous le statut de récoltant-coopérateur, je presse mais la vinification se fait sous l’œil d’experts, je fais déjà tellement pour mes vignes, seule, mes raisins sont entre de bonnes mains, la coopération est un modèle en Champagne. »

Certifiées bio depuis 2006, les 3 cuvées de cette dame de cœur sont aussi identitaires que le personnage. Crescendo, Le « 11-12 », un brut nature, assemblage de pinot noir et pinot blanc séduit par ses notes florales, sa douceur, la camomille presque en infusion. « 13-14 » toujours en brut nature, assemblage de pinot noir et chardonnay dévoile des arômes mentholés, oscillant entre fraîcheur et puissance, enfin son pinot noir 2014, extra-brut joue les bodybuildés, où la cerise griotte s’impose et le poivre noir séduit. Inspiré de « la petite robe noire de Guerlain », l’habillage des flacons de Colette Bonnet révèle une féminité assumée. Loin du parfum de la revendication, du féminisme « markétée », le contenu plus que le contenant reste en note de fond, la viticulture en note de cœur.

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