La filière Cognac complète son cahier des charges par des mesures agro-environnementales et s’engage dans la démarche HVE (Haute Valeur Environnementale).

La filière Cognac s’investit dans l’agro-environnemental. Elle inscrit pour la première fois au cahier des charges de l’appellation deux mesures, l’interdiction de désherbage chimique des tournières au bout des rangs de vignes et du désherbage chimique total des parcelles avec comme obligation la maîtrise de la végétation sous les inter-rangs uniquement de façon mécanique. « Une grande majorité des viticulteurs soucieux de préserver leur environnement appliquent déjà ces mesures au quotidien mais il s’agit avec cette inscription au cahier des charges d’officialiser ces efforts et de les généraliser à l’ensemble des exploitants » explique Christophe Véral, président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC) et chef de la famille viticole à l’interprofession (Bureau National Interprofessionnel du Cognac – BNIC).

Par ailleurs, Cognac a choisi de porter collectivement la certification environnementale. Après 18 mois de mise en place du Référentiel Viticulture Durable, la filière affiche déjà 1500 viticulteurs engagés dans la démarche, soit plus d’un tiers des exploitations et près de la moitié des surfaces. Elle a donc souhaité aller plus loin et accompagner les viticulteurs vers la certification HVE (Haute Valeur Environnementale) de niveau 3 (le seul qui autorise la communication). Elle en profite pour rajouter des engagements spécifiques tels la gestion des effluents à la fois viticoles, vinicoles (chais) et de distillation (vinasses) – aucun rejet dans le milieu naturel, système de traitement et recyclage des vinasses 50% en méthanisation 50% en épandage, la pulvérisation confinée pour le traitement du vignoble, l’invitation à dialoguer avec les riverains. « De nombreux viticulteurs et des maisons de négoces sont déjà engagés dans des itinéraires techniques préparant à la certification HVE de façon individuelle, précise Christophe Forget, viticulteur et vice-président du BNIC. L’objectif est de mettre en place une approche filière collective pour une reconnaissance officielle de l’Etat et pour accélérer la dynamique sur le terrain ».

Une démarche collective et progressive

La démarche est progressive avec d’abord un diagnostic d’exploitation en collaboration des chambres d’agriculture de Charente et Charente Maritime. « A partir de janvier 2019, sera mis en place pour les opérateurs le partage collectif des informations, le suivi des indicateurs, la gestion administrative, logistique et technique des dossiers, le BNIC jouant un rôle de coordinateur du groupe qui a été ouvert non seulement aux viticulteurs mais à tous les opérateurs comme les maisons de négoce [Rémy Martin ayant été pionnier en incitant depuis déjà quelques années ses livreurs à s’engager dans la démarche HVE] , les chambres d’agriculture, les coopératives, les syndicats viticoles, les courtiers, les organismes de formation… » précise Laetitia Four en charge de la Viticulture Durable à l’interprofession. Un accord cadre signé en 2015 avec l’agence de l’eau Adour-Garonne avait déjà permis de monter des dossier d’aides à la mise aux normes, notamment pour le stockage des effluents, les plans d’épandage, la pulvérisation confinée…

L’organisme certificateur sera choisi cet automne ; il auditera à terme la structure collective et un échantillonnage d’opérateurs afin de mutualiser les coûts. Autre mutualisation prévue, celle avec les IGP Vins Charentais qui se sont aussi engagés il y a quelques mois dans un portage collectif HVE et également de certification Iso 14000, leurs adhérents étant quasiment tous au BNIC. « La principale difficulté réside dans l’hétérogénéité des structures avec ou sans salariés, ce qui n’implique pas la même organisation, reconnaît Laetitia Four. L’investissement dans la pulvérisation confinée (40 à 50 000€) peut aussi poser problème aux plus petites structures, même si elles ont la possibilité d’être subventionnées jusqu’à 40% et que dans l’amortissement, il faut compter la récupération du produit ». L’objectif est 100% de viticulteurs engagés dans la démarche Viticulture Durable Cognac d’ici 2021 avec les premiers viticulteurs certifiés pour novembre prochain.